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Une coupe monomarque pour stimuler l’émergence de jeunes talents

L'aire Kawasaki pour la Coupe

Photos : Didier Constant, Pierre Desilets et Rob O’Brien

Quand j’ai reçu l’invitation de Kawasaki Canada et de PMP (Professional Motorsport Productions), l’organisateur du championnat canadien CSBK, j’étais content et surpris à la fois. Content qu’ils aient pensé à moi — ça fait toujours plaisir de recevoir une invitation pour un lancement sur piste — et surpris d’avoir été choisi alors qu’il y a sûrement des pilotes plus méritants que moi — je ne suis pas un coureur et n’ai jamais prétendu l’être — qui auraient aimé se mesurer à l’élite canadienne sur un circuit aussi rapide et technique que celui de Mosport, l’un des plus réputés au pays. Comme diraient les envieux : « C’est donner de la confiture aux cochons! »

Pour l’occasion, nous étions une vingtaine de pilotes invités, dont plusieurs journalistes spécialisés et une quinzaine de coureurs professionnels actifs ou à la retraite parmi lesquels l’ex-champion canadien de Superbike Michael Taylor, Matt McBride et Jeff Williams, deux animateurs du championnat CSBK ou encore Doug Lawrence, une des vedettes du Flat Track au Canada.

Chacun de nous défendrait ses chances sur une Kawasaki Ninja 300 préparée de façon identique par John Sharrard, le gourou de la suspension chez Accelerated Technologies et par Rob Egan, le préparateur réputé de Brooklin Cycle Racing.

Ma Ninja 300 pour le week-end
Ma Ninja 300 pour le week-end

Les modifications apportées à la Ninja 300 touchent la suspension (intérieur de fourche ajustable d’Accelerated Technologies et monoamortisseur Elka), l’échappement (Hindle Racing Titanium Evolution), l’électronique (boîtier de contrôle Dynojet Power Commander Fiveshifter électronique Dynojet), l’esthétique (carénage et selle de course de Hot Bodies Racing) et les accessoires (protecteur de levier de frein Dion Device, béquilles de course). Toutes les machines sont chaussées de pneus Dunlop Sportmax Alpha 13, un pneu DOT approuvé pour la course. D’autres pneus de compétition Dunlop distribués par Pro 6 Cycle sont également autorisés pour cette classe, selon les conditions (pneus pluie, par exemple).

Quand je suis arrivé dans l’aire Kawasaki, j’ai eu l’impression fugace d’être un vrai pilote d’usine. La moto était prête, j’avais une place réservée pour ranger mon équipement et me changer dans le camion Kawasaki, des mécanos pour bichonner ma moto ainsi que de la nourriture et des boissons à volonté. Toutes les motos étaient parfaitement alignées sous l’auvent Kawasaki et les mécanos s’affairaient aux derniers préparatifs. En me dirigeant vers la machine qui m’avait été allouée, j’ai constaté avec plaisir qu’elle arborait le légendaire numéro 7 de Barry Sheene, une de mes idoles. Cependant, la pression était forte sur mes épaules. Je n’étais pas certain de pouvoir honorer ce numéro par des performances dignes de mon idole. Idéalement, j’aurais préféré le 13, mon numéro fétiche, mais il était réservé à Matt McBride (c’est son numéro dans le championnat CSBK) ou encore le 4 (la somme des deux chiffres constituant le 13), mais il avait été attribué à Doug Lawrence. Qu’à cela ne tienne, je tenterais de faire de mon mieux…

Après la réunion des pilotes, il me restait juste assez de temps pour faire coudre les logos du championnat sur ma combinaison de cuir Oxford RP-2 flambant neuve et me préparer mentalement et physiquement pour la qualification du samedi matin. Une séance de 25 minutes durant laquelle je devrais me familiariser avec la Ninja, mais surtout apprendre le tracé, l’un des plus exigeants au pays. Il s’agissait en effet de ma première sortie sur le circuit de Mosport et je dois reconnaitre que j’étais impressionné.

Premiers tours de roues à Mosport
Premiers tours de roues à Mosport

Même si j’ai enregistré le temps le plus lent de la matinée — ça me prend toujours trois ou quatre séances pour me sentir à l’aise sur une nouvelle piste —, les sensations étaient bonnes et je m’amusais fermement. Alors que je pensais avoir de la difficulté dans les secteurs les plus rapides du circuit, soit les virages numéros un et deux qui se prennent à fond de six, c’est dans les passages les plus lents, soit les virages « 5 A » et « 5 B » que j’ai le plus galéré. En 15 tours, je n’ai jamais réussi à trouver une trajectoire convenable dans ce double droit qui me permettrait de ressortir fort à l’accélération afin d’avaler la longue ligne droite à pleine vitesse. Je perdais systématiquement trois à quatre secondes à la remise des gaz, d’autant que je sortais sur un rapport trop bas et manquais d’accélération. La bande de puissance hyper étroite de la Kawasaki (de 10 000 à 13 000 tr/min) ne pardonne pas dans les circonstances.

Après un diner léger avalé de peine et de misère — j’avais l’estomac noué par la crainte de mal faire, voire de plier la Ninja 300 en deux —, je me suis retrouvé sur la ligne de départ de ma troisième course professionnelle à vie avec l’impression d’être un imposteur, de ne rien avoir à faire là. Puis, quand la voix de Pat Gonzalves a annoncé mon nom et ma qualité au haut-parleur du circuit, j’ai ressenti une certaine fierté. Quelle que soit ma performance dans les prochaines minutes, j’étais là! Je prenais part à la course et mon nom resterait inscrit sur les tablettes du championnat, pour la postérité. Ce n’est pas donné à tout le monde.

Quand le drapeau du départ s’est abaissé, j’ai réagi par instinct, sans réfléchir et j’ai ouvert les gaz en grand. J’ai pris un bon départ, remontant les deux pilotes en avant de moi, mais j’ai coupé les gaz dans le « Un », de peur de les percuter. On ne s’improvise pas coureur et je n’ai pas l’instinct du tueur. Trop poli ou trop peureux?

Les fauves sont lâchés!
Les fauves sont lâchés!

Lors du premier tour, j’ai pris part à la bataille titanesque qui se déroulait. À l’avant, c’était la guerre. Les pros étaient au coude à coude, se passant à qui mieux mieux à l’aspiration, entrant à trois de front dans les virages. De vrais chiffonniers. Moi, je suivais le peloton tant bien que mal et je découvrais enfin la bonne trajectoire dans le « 5A/5B ». Miracle! J’arrivais à sortir à fond et sur le bon rapport, gagnant près de trois secondes sur mon temps du matin. Je perdais néanmoins le contact avec la meute et finissais la course en solo. Les 10 tours de la course s’écoulèrent en un clin d’œil et je passais le drapeau à damiers en sueur et à bout de souffle, mais en un seul morceau. J’étais vivant!

Michael Taylor s’imposait dans cette première finale devant Doug Lawrence et Adam Faussett, un coureur américain travaillant pour Kawasaki USA. Quant à moi, je sauvais l’honneur en terminant avant-dernier, un de mes collègues ayant abandonné au cinquième tour sur problème mécanique. J’étais satisfait d’avoir amélioré mon chrono et j’étais extatique. Quel plaisir indescriptible!

Toute la soirée, j’ai repassé ma course en solitaire dans ma tête, essayant de voir où je pourrais grappiller quelques secondes. Quand je me suis endormi, je ne ronflais pas, pour une fois… j’imitais le bruit du moteur de la Ninja. Ce qui ne soulageait pas mon compagnon de chambre pour autant. Et je rêvais à ma course du lendemain… sauf que le destin allait en décider autrement.

Votre serviteur en action..
Votre serviteur en action.

Vers 23 heures, je me réveillai en proie à une rage de dents carabinée, comme je n’en avais jamais ressenti auparavant. Je souffrais le martyre et j’eus beau me bourrer d’anti-inflammatoires et d’antalgiques, rien n’y fit. Je passai une nuit blanche et me levai le lendemain matin complètement abruti par les analgésiques. Au point que je dus déclarer forfait, à regret, et laisser ma place à un pilote remplaçant trop heureux de l’aubaine. J’étais d’autant plus déçu que j’avais envie de la disputer cette course. J’étais sûr de pouvoir retrancher une autre poignée de secondes à mon temps de la veille et avoir la chance de me battre avec le deuxième peloton au moins pendant quelques tours. Tant pis! C’est partie remise. L’année prochaine, je tenterai ma chance à nouveau… si le sort n’a pas une dent contre moi!

Au terme des deux courses remportées par Michael Taylor, le samedi et Matt McBride le dimanche, la hiérarchie a été respectée et les pros se sont facilement imposés. Amy Szoke, la femme du multiple champion Superbike Jordan Szoke, bien qu’elle soit à la retraite depuis quelques saisons, a confirmé son statut de femme la plus rapide au pays en finissant en septième et en neuvième positions lors des deux finales après s’être battue pour les places d’honneur jusqu’au drapeau à damiers. Du côté des journalistes, Pascal Bastien a été le meilleur de nos représentants terminant respectivement cinquième et quatrième. Costa Mouzouris, collaborateur de motoplus.ca depuis le tout début, s’est également maintenu dans le groupe de tête et enregistre une sixième et une huitième positions après une bataille de tous les instants. Le vendredi, il a même réussi l’exploit de terminer deuxième, à quelques centièmes de seconde de Michael Taylor lors de la course des représentants Kawasaki.

La Coupe Kawasaki Ninja 300 qui a été créée pour faciliter l’émergence de futurs champions canadiens sera intégrée officiellement au Championnat canadien de Superbike CSBK/Mopar en 2016 et restera à l’affiche pendant deux saisons. Elle est réservée aux pilotes de 15 ans et plus ayant suivi une école de pilotage agréée et obtenu une licence de compétition CSBK. Ceux qui veulent y prendre part la saison prochaine peuvent soit modifier une Kawasaki Ninja 300 selon les spécifications du règlement, soit acheter une Ninja 300 kittée, prête à courir, à un prix raisonnable. À l’heure actuelle, il s’agit de la formule idéale pour promouvoir les jeunes talents au pays et permettre à tous de goûter aux joies de la course motocycliste sans se ruiner, dans un environnement compétitif et sécuritaire. Fiez-vous-en à mon expérience, vous allez vous régaler! Pour plus d’information, visitez le site de Kawasaki Racing.

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