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Nostalgie et perfection

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Photos : © Didier Constant et Dave Beaudoin

À la fin de l’automne dernier, j’ai enfin réussi à mettre la main sur une Honda CB1100A, après trois années d’effort. Les couleurs commençaient à pointer le bout de leur nez, la température était idéale et mon ami Claude voulait faire une dernière balade avec sa Suzuki Katana 1100 avant de l’exposer dans son salon, où elle finira sa carrière comme œuvre d’art mécanique. Une occasion rêvée de joindre l’utile à l’agréable en plus de passer un bon moment entre amis. Dave Beaudoin, le photographe de motoplus.ca, était également du voyage au guidon de la Husqvarna 701 Supermoto.

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Éloge de la lenteur

Début du mois d’octobre. Il fait encore une température idyllique. Idéale pour un petit voyage dans le temps d’environ 300 km en Montérégie et dans les Cantons-de-l’Est. Nous traversons le tunnel Hippolyte-Lafontaine et nous longeons le Fleuve jusqu’à Brossard où nous faisons plusieurs arrêts photo au bord de l’eau. Nous bifurquons ensuite plein sud, vers Napierville d’où nous rejoignons Saint-Jean-sur-Richelieu et Notre-Dame-de-Stanbridge avant de faire une pause à Frelighsburg pour le déjeuner. Là, nous nous arrêtons au café-resto Les Sucreries de l’érable logé dans le vieux magasin général de la rue principale, l’un des symboles de ce village pittoresque situé à une quinzaine de kilomètres au nord de la frontière américaine. Profitant de la clémence de la température, nous nous installons sur la terrasse qui surplombe la rivière aux Brochets et nous prenons tout notre temps pour déjeuner. Il n’y a pas de presse. La bouffe est bonne, le décor magique et la compagnie très agréable. Depuis notre départ, les routes de l’Estrie mais aussi la CB1100 nous incitent à lambiner, à rouler en regardant le paysage et à arrêter prendre des photos. Cette Honda est un éloge à la lenteur, à la douceur de vivre. Avec elle, pas d’urgence. Il faut savoir prendre son temps.

Esprit rétro es-tu là ?

À sa sortie, en 2013, la CB1100 m’avait séduit. Et la prise de contact avec la première version m’avait donné l’envie de l’essayer plus à fond. En tant qu’amateur de motos rétros et de standards classiques je ne pouvais que succomber à sa plastique des années 70. Jeune, j’ai rêvé de posséder une CB750 Four, l’ancêtre de cette CB1100, mais je n’en ai jamais eu les moyens. Et quand j’ai finalement eu un peu d’argent, d’autres machines plus modernes (Suzuki Katana) ou carrément sportives (Suzuki GSX-R750) m’ont convaincu de délier les cordons de ma bourse. Bien sûr, j’ai conduit plusieurs CB750 Four, ainsi que des CB900. Mon jeune frère a possédé une Four, une belle bleue, à la fin des années 80. Mais ce n’est pas comme en avoir une soi-même.

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La CB1100 est l’archétype de la moto japonaise universelle moderne. La moto simple bonne à tout faire. Un moteur coupleux, deux roues, une partie cycle traditionnelle et un guidon : il n’en faut pas plus pour apprécier le plaisir de rouler à l’ancienne. En toute légitimité.

La Honda se révèle être une moto moderne, aux performances actuelles, malgré son look classique. Elle est douce (trop peut-être), facile à prendre en main et équilibrée. Bon moteur, partie cycle efficace, suspensions souples et freinage adéquat. Le bilan est très positif.

Le tableau de bord avec ses deux gros compteurs circulaires à aiguilles et chiffres blancs sur fond noir est superbe. Entre les deux, trois petits écrans numériques sur lesquels on retrouve toute l’information nécessaire (horloge, odomètre, totalisateurs kilométriques partiels, consommation moyenne, jauge à essence et rapport engagé). Pour le reste, on demeure dans une sobriété bon ton. Pas d’électronique envahissante, pas d’accessoires Hi Tech. La CB est la preuve que la simplicité est le meilleur moyen de toucher le cœur des motocyclistes, spécialement ceux de ma génération.

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Lignes sobres, épurées, gros phare rond, bloc moteur quatre cylindres refroidi air et huile, roues de 18 pouces, amortisseur double ; il n’en faut pas plus pour faire notre bonheur. À part, peut-être, un petit saute-vent et un porte-bagages pour partir en week-end ou en vacances en bonne compagnie. Au niveau du look, il faut reconnaitre que la CB1100 en jette. Lors de chaque sortie, je me fais arrêter par des badauds qui la trouvent superbe. « Elle me rappelle mon ancienne CB650 ! » me dit l’un. « J’ai eu une CB750 dans ma jeunesse. Elles se ressemblent comme deux gouttes d’eau ! », déclare un autre. « Je changerais bien ma VTX1800 pour ça ! » m’avoue un motocycliste dans la soixantaine en garant sa custom à côté de la CB1100. Il faut reconnaître que dans ce coloris noir à damiers, la Honda est divine et tout à fait dans l’esprit Seventies.

Souplesse et douceur au menu

La première chose que l’on remarque quand on enfourche le gros roadster Honda, c’est la souplesse et la douceur dont le moteur fait preuve. Le quatre cylindres en ligne de 1 140 cc démontre un agrément certain qui colle parfaitement à sa vocation de moto de balade à l’ancienne. Souple, il reprend à partir de 1 200 tr/min en sixième, sans broncher ni donner d’à-coups et accélère tranquillement jusqu’à la zone rouge. Tout ça dans une douceur Cotonelle incroyable. Le bloc 16 soupapes, refroidi air et huile est exempt de vibrations. Un caractère renforcé par l’onctuosité de l’embrayage et l’agrément de la boite à six vitesses.

Avec une puissance modeste de 90 ch à 7 500 tr/min et un couple de 69 lb-pi à 5 000 tr/min, le moulin de la Honda n’est pas ce qu’on pourrait appeler un foudre de guerre. À titre de comparaison, ma Suzuki GSX-750A Inazuma 1999 développe 85 ch à 9 750 tr/min et 49 lb-pi à 8 500 tr/min. Elle est presque aussi puissante, mais elle délivre ses chevaux à plus haut régime et se montre moins coupleuse, ce qui est normal étant donné sa cylindrée réduite. La grosse différence entre les deux blocs air et huile, c’est le caractère qu’ils déploient. Autant celui de la Suzuki est sportif et aime flirter avec les hauts régimes, dans des accélérations rageuses, autant celui de la Honda est doux, linéaire et coupleux. Paresseux, presque. Du point de vue mécanique, il frise la perfection. Surtout qu’il ne vibre presque pas. Mais, pour un motocycliste enthousiaste, il semble un poil terne. D’autant que l’échappement 4-2-1 renvoie une sonorité feutrée. La CB1100 invite à la balade pépère et n’excite pas vraiment votre testostérone. À ses commandes, difficile de croire qu’on est assis sur une grosse cylindrée. Seul le poids élevé de 259 kg à sec vous le rappelle. À l’arrêt.

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Une partie cycle modernisée

Comparativement à son aïeule, la CB1100 bénéficie d’un châssis contemporain et de suspensions Showa de qualité réglables en précontrainte du ressort. Le cadre en acier de type double berceau classique est associé à une fourche télescopique de 41 mm et à un double amortisseur. Les suspensions offrent un débattement respectif de 107 et 89 mm. Elles se montrent légèrement sèches et chahutent pilote et passager sur route au revêtement endommagé. Mais le reste du temps, la Honda fait preuve d’un comportement sain, équilibré. Les suspensions n’entament pas l’intégrité de la tenue de route qui reste bonne, en conduite normale. En mouvement, la CB1100 fait oublier son poids et son gabarit. Elle nous gratifie d’une douceur de roulement incroyable. Ce n’est que lorsqu’on adopte un rythme volontairement sportif, qu’elle montre alors ses limites.

D’autant plus que les jantes de 18 pouces sont chaussées de pneus étroits (110/80-18 à l’avant et 140/70-18 à l’arrière) offrant une adhérence moyenne. Les Bridgestone Battlax BT-54 de première monte sont des pneus à vocation tourisme, au dessin classique. Ils ne sont pas conçus pour aller chercher les derniers degrés d’angle d’inclinaison.

Le freinage ABS combiné qui se compose d’un double disque de 296 mm de diamètre associé à des étriers Nissin à 3 pistons à l’avant et à un disque de 256 mm de diamètre avec étrier simple piston à l’arrière est efficace. Il est puissant et offre une bonne rétroaction au levier. Par ailleurs, l’ABS est transparent et prévisible.

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Confort classique et protection basique

La CB1100 offre une position de conduite typique des roadsters — dos droit, bras légèrement fléchis, jambes à peine repliées — qui s’avère confortable même au long cours. Elle est parfaite pour rouler à un rythme modéré. La selle est adéquatement rembourrée et se montre confortable. La protection, quant à elle, est limitée à sa plus simple expression. Pour de longs trajets, je recommanderais la pose d’un saute-vent et d’un porte-bagages (disponible au catalogue d’accessoires Honda). Il restera ensuite à choisir un bon sac de réservoir, un sac marin et, au besoin, des sacoches cavalières pour partir à l’aventure seul ou accompagné.

Avec une consommation moyenne de 5,9 L/100 km, la CB1100 dispose d’une autonomie théorique limitée à 250 km en raison de la faible contenance du réservoir (14,7 litres).

 Une standard efficace

Offerte seulement dans sa version de base, au Canada, la Honda CB1100 est une moto standard haut de gamme superbement réalisée. Elle offre suffisamment de technologie sans tomber dans les excès de la modernité. Sobre, facile à prendre en main, équilibrée et homogène, la CB n’est pas exclusivement réservée aux excursions dominicales. C’est une moto parfaite pour le navettage avec laquelle on peut également envisager de longs voyages, si l’envie s’en fait sentir.

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Proposée à 12 999 $, la Honda n’est pas la plus chère des standard néo rétro. Si on la compare à ses concurrentes directes, en termes de cylindrée et d’équipement, elle est dans la même gamme de prix qu’une Triumph Bonneville T120, mais 3 500 $ moins chère qu’une BMW nineT. La Ducati Scrambler Icon, le modèle de base de la famille Scrambler, coûte environ 3 000 $ de moins, mais il s’agit d’une 800 cc basique qui s’adresse à une autre clientèle. Le fait que la CB1100 ne connaisse pas le succès qu’elle mériterait est curieux. Car elle a tout pour plaire. À moins que ce soit son moteur quatre cylindres qui la désavantage face aux twins allemands, anglais et italiens bourrés de caractère ? La perfection serait-elle un frein au succès ?

Comme les CB750 Four et CB900 des années 70/80, la CB1100 est une moto simple, efficace et performante faite avant tout pour rouler sans complication et par pur plaisir. Une moto moderne au look rétro qui se targue de nous faire voyager dans le temps à la redécouverte de plaisirs démodés. Comme se balader le nez au vent, à un rythme modéré, en prenant le temps de profiter du paysage et de la vie. Tout simplement.

FICHE TECHNIQUE

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INFORMATIONS GÉNÉRALES

  • Poids tous pleins faits : 259 kg
  • Hauteur de selle : 795 mm
  • Capacité essence : 14,7 L
  • Consommation : 5,9 L/100 km
  • Autonomie : 250 km
  • Durée de l’essai : 500 km
  • Prix : 12 999 $

MOTEUR

  • Moteur : Quatre cylindres en ligne, 4 temps, DACT, refroidi air et huile, 4 soupapes par cylindre
  • Puissance : 90 ch à 7 500 tr/min
  • Couple : 69 lb-pi à 5 000 tr/min
  • Cylindrée : 1 140  cc
  • Alésage x course : 73,5 x 67,2 mm
  • Rapport volumétrique : 9,5 : 1
  • Alimentation : injection électronique
  • Transmission : six rapports
  • Entraînement : par chaîne

PARTIE-CYCLE

  • Suspension : fourche télescopique, diam 41 mm, réglable en précontrainte du ressort ; double amortisseur réglable en précontrainte du ressort
  • Empattement : 1 491 mm
  • Chasse/Déport : 27 degrés/114 mm
  • Freins : 2 disques de 296 mm avec étriers 3 pistons à l’avant ; simple disque de 256 mm avec étrier double piston à l’arrière. Freinage couplé avec ABS.
  • Pneus : Bridgestone Battlax BT-54
    110/80-18 à l’avant
    140/70-18 à l’arrière

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VERDICT RAPIDE

ON AIME BIEN

  • La ligne délicieusement rétro
  • L’onctuosité du moteur
  • L’absence de vibrations
  • La qualité de fabrication

ON AIME MOINS

  • La puissance réduite du moteur
  • Le manque de caractère
  • L’autonomie réduite
  • La protection passable

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