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Une année sous le signe de l’austérité ?

La dernière décennie a été particulièrement difficile pour la presse moto qui a connu des années de vaches maigres. Et son avenir semble encore plus sombre à l’aune de cette nouvelle année. En effet, depuis l’avènement d’Internet, la presse spécialisée subit une érosion drastique de son lectorat traditionnel. Et, malheureusement pour nous, 2024 semble vouloir marquer la fin de plusieurs titres légendaires, mais aussi le déclin de certains sites spécialisés. 

Au cours des dernières années, les magazines auxquels je collaborais, ou auxquels j’étais abonné ont soit cessé de publier — Motomag, Revolution (Canada) ; Xtreme MJ, Petrol Head (France) ; Cycle, Sport Rider (États-Unis), ou sont devenus numériques, comme c’est le cas de Cycle Canada et Moto Journal, au pays, de Cycle World et de Motorcyclist, aux États-Unis, ou encore de VisorDown en Grande-Bretagne, pour n’en citer quelques-uns.

Et puis, le mois dernier, on a appris avec stupeur et tristesse, la fermeture du mensuel français Moto & Motards, un magazine déjanté et original qui, en 1997, a bousculé les codes et renouvelé le monde de la presse moto classique, engoncée dans la routine et la tradition. Moto & Motards a su attirer une clientèle jeune et dynamique lasse des marronniers* et à la recherche d’un ton nouveau, d’un style plus personnel, plus proche des lecteurs. Cependant, le magazine a lui aussi subi une raréfaction de son lectorat depuis la pandémie (pourquoi continuer à payer pour une information que l’on peut avoir gratuitement ailleurs semblent se dire de plus en plus de motocyclistes ?), mais aussi à une hausse faramineuse des coûts de production — en particulier du papier qui a augmenté de plus de 30 % pour les éditions en couleur —, et de la distribution.

Si certains magazines spécialisés, comme les trimestriels français Trail Adventure (aventurières), Voyages à moto (tourisme) et Moto Heros (Lisfestyle), ou encore le mensuel Freeway (Harleys), semblent tirer leur épingle du jeu, les autres revues motos de l’Hexagone en arrachent. En 2018, les Éditions Larivière, propriétaires de l’hebdomadaire Moto Revue, rachètent l’hebdo concurrent Moto Journal. Le premier devient mensuel et le second bimensuel. Elles acquièrent également les sites Moto Station, Motoservices et MotorLive.tv pour devenir le principal fournisseur d’information moto en France, une concentration qui inquiète les spécialistes. Néanmoins, les titres du groupe ne sont pas à l’abri. Le lectorat des deux principales revues s’étiole au point où la périodicité de Moto Journal change encore, pour devenir mensuelle, à la fin du mois de janvier 2024.  Et cette situation est identique dans de nombreux autres marchés en Amérique, en Europe, en Asie et en Océanie. Aucune zone géographique, aucun marché ne semble être épargné, les mêmes causes créant les mêmes effets.

Les sites gratuits, comme Motoplus.ca, sont également touchés par la crise de l’édition et peinent à trouver un modèle financier viable. La publicité se fait de plus en plus rare et ne permet pas aux différents magazines numériques de couvrir leurs frais. Ce qui a entraîné la fermeture de certains d’entre eux dans la dernière décennie (Asphalt & Rubber, Fast & Lucky, Motorcycle USA, Motorcycle World) et force ceux qui restent actifs à être imaginatifs afin de trouver du financement. Passer en mode payant ne semble pas fonctionner non plus, d’autres ont essayé cette solution sans succès. Reste la voie du partenariat avec certains joueurs majeurs de l’industrie, sans nuire à l’indépendance des journalistes ni à la qualité de l’information fournie aux lecteurs, ou le passage aux vidéos. Mais, là encore, le problème du financement se pose avec acuité. Surtout quand on évolue dans un petit marché, comme le Canada. Qui plus est, un marché bilingue.

L’année 2024 pose à tous les médias spécialisés du milieu motocycliste, un casse-tête complexe à résoudre, voire insoluble. Un peu comme la quadrature du cercle. De notre côté, nous avons bien quelques idées en tête et des avenues prometteuses à explorer, mais si on ne veut pas juste survivre, il va falloir que la situation évolue rapidement. Nous comptons sur vous pour nous encourager dans nos démarches et continuer à nous suivre comme vous le faites si bien depuis notre création, en 2008, il y a maintenant 16 ans.

Alors, bonne saison de moto à vous tous ! Qui sait, peut-être nous croiserons-nous sur la route l’été prochain ? Au plaisir de vous servir encore pendant de nombreuses années. 

* En journalisme, un marronnier est un article de presse ou un reportage d’information de faible importance, qui sert à meubler une période d’actualisé creuse. Le marronnier est ordinairement consacré à un événement récurrent et prévisible, avec des sujets souvent simplistes (revue de l’année, les motos de l’année, les nouveautés de la prochaine saison, etc.). 

6 réponses à “Les temps sont durs pour la presse moto ”

  1. Jean Meunier

    Salut Didier,
    J’te connais seulement par tes articles qui sont toujours pertinents.
    Dommage par les temps qui courent que tout ces magazines papiers disparaissent.
    Je suis un fervent moto tourisme depuis plus de six décennies et la chimie diminue de plus en plus pour plusieurs raisons.
    Et ceux comme Goldwingdocs, le site web a vendu sa moto pour une autre activité, avion privé expérimental.
    Bonne année 2024,
    Jean

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  2. Thumper

    Salut Didier.

    À ta liste des titres disparus, ajoute Café Racer, placé en redressement judiciaire cet été. Motomag semble incapable d’évoluer et sa pagination diminue régulièrement, ce qui n’est jamais bon signe… En France, actuellement, le seul média à sembler s’en tirer est le Repaire des Motards, que j’avoue lire régulièrement avec plaisir.

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  3. denis

    Déjà 16 ans…mazette !!!
    Courage !
    DV

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  4. PIerre G.

    L’âge d’or de la moto est derrière nous, comment l’ignorer ?
    Notre premier désir d’adolescents était d’avoir une mobylette, puis une 125, puis un gros cube… Ce n’est plus le cas aujourd’hui, sinon de façon très marginale.
    Nous sommes des anciens combattants !
    Mais cela ne nous empêche pas d’avoir énormément de plaisirs, en suivant les GP, en roulant sur route et sur piste… et en te lisant !

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  5. Stéphane Nault

    Malgré l’âge ma passion reste intact et le plaisir de m’informer aussi.

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