« Éditos

Tranche de vie — Mon Bol d’Or avec Yvon

DCD-Yvon-BO88-3

Photos © Didier Constant


Je pourrais retracer l’immense carrière d’Yvon Duhamel pour vous, partager son palmarès et les souvenirs qu’en gardent ses proches ou ses anciens compétiteurs. Mais ça, d’autres le feront mieux que moi. En ce qui me concerne, je veux juste partager un moment fort de mon histoire commune avec Yvon. Sa participation au Bol d’Or avec ses fils Mario et Miguel au sein de l’écurie Honda Winners/Ipone. C’est ma façon de lui rendre un dernier hommage.


Au milieu des années 70, auréolé de ses deux victoires à la course de 250cc de Daytona (1968-1969) et de ses excellentes performances dans le championnat AMA (American Motorcyclist Association), Yvon vient courir en Europe, en Grand Prix, notamment dans le championnat Formula 750 de la FIM. En 1975, il remporte la victoire à Assen. Il participe également à des épreuves sur invitation comme les « Match Race Series », opposant les meilleurs pilotes américains à leurs homologues britanniques, mais aussi le Moto Journal 200 où il termine  deuxième, en 1975, derrière Giacomo Agostini et devant Patrick Pons. En 1976, il finit troisième derrière Johnny Cecotto et Steve Baker.

Mais c’est surtout en endurance qu’Yvon bâtit son mythe. En 1975, associé à Jean-François Baldé, « Super Frog » termine troisième du Bol d’Or sur une Kawasaki KZ1000 préparée par Godier-Genoud et rentre dans la légende du sport moto en France où l’endurance est cultissime.

C’est à ce moment précis qu’Yvon devient mon idole. Pour son pilotage fougueux et son talent fou, mais aussi pour sa gentillesse, sa grande disponibilité et sa légendaire bonne humeur. En 1975, un poster géant de lui sur sa fameuse Kawasaki KR750 orne ma chambre d’adolescent de 17 ans.

Yvon, Miguel, Mario au Bol d'Or 1988
Yvon, Miguel, Mario au Bol d’Or 1988

À mon arrivée à Montréal, en 1981, j’ai la chance de le rencontrer lors du Grand Prix du Canada, à l’île Notre-Dame, qu’il remporte avec brio. On établit le contact et on se croise à quelques reprises par la suite, notamment lors des courses du championnat canadien RACE — l’ancêtre du CSBK — dans lequel ses deux fils Mario et Miguel courent avec succès.

Puis, en décembre 1987, alors qu’il est âgé de 48 ans, je lui propose un projet fou : disputer l’édition 1988 du Bol d’Or, au circuit Paul Ricard du Castellet… avec ses deux fils. Une première dans l’histoire du sport moto. Il m’invite chez lui pour en discuter et en septembre 1988, nos deux familles se retrouvent au Castellet pour les essais privés Honda France en préparation du Bol d’Or. Avec mon épouse et mon fils, nous passons un mois avec toute la famille Duhamel — Yvon, sa femme Sophie, ses fils Mario et Miguel et sa fille Gina, mais aussi ses brus — dans une grande villa surplombant Sanary-sur-Mer, sur la Côte d’Azur, louée par notre commanditaire principal, le pétrolier français Ipone.

Yvon sur le bateau nous menant à l'île de Porquerolles
Yvon sur le bateau nous menant à l’île de Porquerolles

Nous profitons de l’occasion pour nous préparer pour le Bol d’Or, bien entendu, mais aussi pour faire du tourisme dans la région et apprendre à nous connaître. Un mois fantastique. Pour moi, le fan d’Yvon, c’est la consécration. Et l’un des moments les plus mémorables de ma carrière. Pouvoir non seulement côtoyer mon idole de jeunesse, mais l’engager pour courir avec ses fils dans mon équipe reste un accomplissement personnel et un magnifique souvenir.

La course rentrera dans l’histoire. Nous nous qualifions septième et première équipe privée et nous terminons la course septième à la suite de l’interruption de l’épreuve en raison de violents orages. Deux tours plus tôt, alors que nous étions en cinquième place, nous avons effectué un relais qui s’est avéré superflu au vu de la suite des événements. Mais ça, nous ne le savions pas à ce moment-là.

DCD-Yvon-BO88-4
Yvon dans ses œuvres qu guidon de la Honda RC30 Winners/Ipone… à 49 ans

La superbe performance de Miguel, qui venait juste de passer Pro au Canada — il était l’un des pilotes les plus rapides pendant ses relais de nuit — et de Mario, leur a valu d’être engagés dans l’équipe Honda France, championne du monde d’endurance en titre, l’année suivante et de faire une belle carrière en Europe. Miguel a même couru en Grand Prix pour l’écurie française Yamaha-Sonauto, en 1992. Avant de devenir le pilote émérite que l’on connait tous, surpassant même son père en terme de palmarès.

Dans les années qui ont suivi, j’ai rencontré Yvon et sa famille à plusieurs reprises, au Canada, à Daytona, aux Coupes Moto Légende. Nous sommes restés amis, même sans nous côtoyer régulièrement. Et il est demeuré mon idole absolue, aux côtés d’autres pilotes légendaires comme Freddie Spencer qui est également devenu mon ami, Kevin Schwantz que j’ai côtoyé à plusieurs occasions et Barry Sheene. Des gens qu’il appréciait et respectait sûrement.

Yvon encourage Miguel avant le départ de la course
Yvon encourage Miguel avant le départ de la course

Mais ce Bol d’Or d’anthologie restera à jamais gravé dans ma mémoire, jusqu’à mon dernier souffle. C’est le souvenir d’Yvon que je continuerai à chérir.

Bon voyage Yvon ! À bientôt !

7 résponses à “Yvon Duhamel — 1939/2021”

  1. André Mailhot

    Quel magnifique souvenir Didier. Merci de partager.

    Répondre
  2. Olivier

    Yvon Duhamel est longtemps resté le seul pilote canadien que nous connaissions en France. Une vraie légende pour nous français qui aimons tant entendre l’accent québécois sans rien y omprendre. Grâce à toi j’ai découvert les exploits incroyables et méconnus chez nous de son fils Miguel. Pour moi Yvon est indissociable de son numéro 17 et j’avais sans doute les mêmes posters que toi dans ma chambre où on le voyait sur sa Kawasaki verte. Dans le film que nous avions projeté au festival du film moto sur la carrière de Miguel on le voyait encore, malheureusement très diminué mais l’œil toujours vif disant « rien qu’à y penser on avait déjà gagné ». Quel énergie incroyable il y a dans cette famille. N’hésite pas à leur dire combien les français sont tristes aujourd’hui. Quant à ton « au revoir à bientôt » mon cher Didier, je souhaite que ça ne soit pas trop tôt quand même.

    Répondre
    • Didier Constant

      Merci pour ton commentaire Olivier. Je l’apprécie. Ne t’inquiète pas, je n’ai pas l’intention de partir de sitôt. C’est seulement une formule ;-)

      Répondre
  3. Pierre G

    Je sais combien tu es attaché à ce grand pilote, tu lui rends un bel hommage <3
    Cela me fait penser à un autre grand pilote ami, né la même année, qui ne lâche rien ;)

    Répondre
    • Didier Constant

      Merci Pierre ! Fais la bise à Pépé de ma part si tu le croises ou si tu lui parles.

      Répondre
  4. Denis

    Mes sympathies.

    Répondre

Répondre