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Un nain au pays des Grands

lorenzo

Lors du dernier Grand Prix de la saison 2010, à Valence, en Catalogne, deux images aux antipodes l’une de l’autre m’ont marqué. D’abord celle de Jorge Lorenzo, prétentieux et clinquant, s’alignant sur la ligne de départ avec son casque recouvert de feuilles d’or et orné de 1800 cristaux Swarovski* et celle de Valentino Rossi, agenouillé, embrassant sa moto comme une vieille maîtresse avant leur ultime séparation.

Sans rien chercher à enlever au talent du Majorquin — il est sûrement le plus doué de la jeune génération des pilotes de MotoGP, avec Casey Stoner et Marco Simoncelli —, j’avoue ne pas avoir beaucoup d’estime pour lui. Je le trouve aussi arrogant que futile et je n’apprécie guère ses pitreries de sale gosse gâté qui suce sa Chupa Chups en parlant aux Grands.

En fait, je n’ai pas vraiment de respect pour l’homme. Qui confond humour et humiliation. Qui ne supporte pas que lors du GP de Valence — qu’il considère comme son GP national, même si la Catalogne possède un statut de communauté autonome, soit dit en passant —, Rossi ait eu plus de partisans que lui dans les tribunes. Au point de polémiquer sur le sujet dans une entrevue donnée à un grand magazine moto en arguant que ça s’explique simplement par le fait que Rossi est en MotoGP depuis plus longtemps que lui. C’est tellement petit!

En fait, il y a une bonne raison à la popularité de Rossi…

Que l’on aime ou non Vale, il faut bien reconnaître qu’il est aujourd’hui le SEUL pilote qui soit plus grand que le sport lui-même, comme on a pu le vérifier lors de son absence, à la suite de son accident. En dehors de son talent, lequel est immense, encore aujourd’hui, n’en déplaise à certains, Rossi possède une qualité qui fait défaut à Lorenzo, comme à Casey Stoner, Dani Pedrosa ou encore Nicky Hayden. Ça s’appelle le charisme. Un don que l’on qualifie comme l’autorité, l’ascendant naturel qu’exerce une personnalité sur autrui. Demandez à Giberneau ou à Biaggi ce que cela signifie. Ils vous l’expliqueront dans le détail.

Malgré son air supérieur et sa confiance affichée, Lorenzo subit la loi de Valentino, comme tous les autres pilotes du plateau. Et les spectateurs ne s’y trompent pas. Pas même les Espagnols et encore moins les Catalans. Demandez à n’importe quel amateur qui est le « patron » du MotoGP et il vous répondra immanquablement « Rossi! »

En plus de ne pas avoir de charisme, Lorenzo n’a pas de classe. Son attitude hautaine lors de l’absence de Rossi, ses propos indignes d’un coéquipier et sa condescendance, lors du retour de Valentino, témoignent d’une petitesse de caractère qui finira par lui jouer des tours. Je doute franchement qu’il devienne un jour le «Boss» du paddock.

Aujourd’hui, si je devais désigner un successeur à Rossi, je choisirais, dans l’ordre, Marco Simoncelli, Casey Stoner ou Ben Spies. Et je donnerais un accessit à Andrea Dovizioso.


En embrassant une dernière fois « sa » M1 — comme il l’a si souvent fait au terme de chacune de ses victoires à son guidon —, « Le Docteur » démontre sa passion, son amour de la moto. Il est de la famille des Giacomo Agostini, Phil Read, Kevin Schwantz, Mick Doohan, Mike Hailwood ou Barry Sheene. Des pilotes qui, à l’exception des deux derniers qui nous ont malheureusement quittés, continuent d’honorer la moto, d’être présents lors des courses de classiques ou de parrainer des événements. Des gentlemen qui roulent encore à moto, par pur plaisir et qui prennent le temps de rencontrer leurs fans et de signer des autographes, même s’ils ont depuis longtemps raccroché leur cuir.

Rossi fait partie de la race des Grands et il continuera de marquer les générations futures, tout comme ses prédécesseurs. Je ne suis pas sûr qu’il en soit de même pour Lorenzo. À moins que l’Espagnol change. Mais en est-il capable?


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6 résponses à “Un nain au pays des Grands”

  1. Anonymous

    TRES BEL ARTICLE ENGAGE ET HONNETE
    MELANGE DE POESIE ET DE FAITS

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  2. Pierre G

    Vu la maigreur du plateau, je n’ai guère suivi la saison 2010. Je n’ai pas non plus ta culture motarde, Didier, et je le regrette.
    Mais j’ai globalement un avis très différent du tien concernant Jorge Lorenzo.
    Sur le charisme, je te rejoins… si on compare à Rossi ! Mais Rossi est un cas unique dans l’histoire de la moto, tu le sais. Aucun des autres grands pilotes que tu cites n’as apporté au « spectacle » moto autant que Vale. Surtout pas Ago. Ils sont sympa maintenant qu’ils ne courent plus, mais avant Rossi, les pilotes étaient soit sympa, soit champions. Pas les deux. Et aucun de ces grands noms n’a couru contre Il Dottore.

    Revenons au présent, pour prendre la défense de Lorenzo.

    1. Il n’a pas la belle gueule de l’autre, dommage pour lui, mais peut-on lui en vouloir. Et la Chupa Chups entre la joue et les dents, pas très sexy, mais il est payé pour ça. Il fait le job.

    2. Psychologiquement, c’est le seul que Rossi n’ai pas broyé. Faut-il rappeler Biaggi, Gibernau, Hayden, Edwards, Pedrosa (même s’il bouge encore), et bien sûr Stoner ? J’en oublie certainement, mais tous ceux-ci ont été gravement minés par le doute. Et le comportement de Rossi face à eux (y compris ses coéquipiers) n’a pas toujours été aussi chevaleresque que tu le laisses entendre. Lorenzo, lui, a fait mieux que résister, reconnais-le. Vois avec quelle force il s’est reconstruit très vite après ses blessures de 2008.

    3. Talent. Je cite le site officiel MotoGP : « Il décroche sa première pole dès sa première course en MotoGP – devenant le second pilote à réaliser cet exploit après Max Biaggi, dix ans plus tôt – et termine second de l’épreuve. En pole lors des deux manches suivantes, Lorenzo est le seul pilote à avoir obtenu trois pole positions sur trois lors de sa première saison en MotoGP et à les avoir converties en podiums. »
    Et pour avoir suivi ses saisons en 250 (et ses titres), j’ai été impressionné par sa combativité et sa volonté de progresser, d’aller non seulement plus vite que les autres mais aussi plus vite que lui-même. En toute modestie, j’avais pressenti qu’il pourrait succéder au Docteur, t’en souviens-tu ? Et quand Rossi s’est blessé cette année, qui subissait la loi de qui ? A cette date, nous en étions à 70 à 61 pour l’Espagnol.

    4. Pour le spectacle, sans avoir les talents d’acteur de Vale, salue au moins ses efforts. Chacune de ses victoires est l’occasion d’une mise en scène offerte au public, qui d’autre le fait ? Ne me dis pas que Pedrosa, qui sourit quand il se brûle, ou Stoner qui rentre sous terre dès le podium fait, sont des références. Pour les paillettes, rappelle-moi ce que Rossi fait de ses gains ? Enfin, pour le spectacle en piste, voir le point 3.

    Je te surprendrai peut-être en t’avouant qu’au total je préfère Rossi, et que j’estime qu’il est au-dessus de tous. Mais je t’ai trouvé vraiment injuste face au seul capable de lui résister dans la durée, un nain (1.72m contre 1.82) Espagnol pas très beau.

    N’insultons pas l’avenir. Jorge saura-t-il tenir son rang ? Valentino sera-t-il aussi sympa quand il n’aura plus besoin de nous, son public ?
    J’espère que oui, pour ces deux très GRANDS champions.

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  3. Pierre G

    c’est le seul que Rossi n’ait pas broyé (désolé pour la faute)

    Et d’accord avec toi pour Dovizioso, TRES beau et intelligent pilote en course, peut-être pas assez méchant pour être n°1. Mais je l’adore. Simoncelli, moins bon en stratégie. Stoner, rapide, mais la Dame aux camélias me lasse. Ben Spies, connais peu. Mais c’est le + vieux des 4, JL le + jeune. Ça agace, les jeunes…

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  4. Didier

    Mais c’est qu’il l’aimerait presque le bougre! ;-)

    Pierre, tu remarqueras que j’ai pris soin de souligner, dès le second paragraphe, que Lorenzo était «sûrement le plus doué de la jeune génération des pilotes de MotoGP…» Je ne remets nullement son pilotage en doute.

    D’abord, il est Champion du Monde MotoGP 2010, même si ça ne veut pas dire grand-chose dans l’absolu.

    La preuve, Marco Lucchinelli (1981), Franco Uncini (1982), Wayne Gardner (1987), Alex Crivillé (1999), Kenny Roberts Jr. (2000), Nicky Hayden (2006) et Casey Stoner (2007) l’ont été, dans l’ère moderne, sans avoir le talent du Majorquin. Et sans avoir le charisme de Rossi. Ils ont eu de la chance, l’année de leur titre et, hormis Stoner, ils n’ont rien fait qui vaille après ça. Gardner, que j’aimais beaucoup, n’a remporté qu’une seule victoire (Australie, 1989) après son titre. Depuis 1975, l’année du dernier championnat de Giacomo Agostini, ils sont les seuls pilotes, avec Kevin Schwantz (1993), qui n’ont remporté qu’un seul titre en 500/MotoGP. Mais Schwantz, je l’adore et c’est un tout bon! Un cas spécial… Et tu es mieux de ne pas me contredire à ce sujet… ;-)

    Tous les autres Champions de la catégorie ont répété l’exploit: Barry Sheene (1976, 1977) — Kenny Roberts (1978, 1979, 1980) — Freddie Spencer (1983, 1985) — Eddie Lawson (1984, 1986, 1988, 1989) — Wayne Rainey (1990, 1991, 1992) — Michael Doohan (1994, 1995, 1996, 1997, 1998) — Valentino Rossi (2001, 2002, 2003, 2004, 2005, 2008, 2009). Tous étaient talentueux, très talentueux même, dans certains cas. Et plusieurs avaient du charisme (Sheene, Roberts, Doohan, Schwantz et surtout Rossi).

    Dans le cas de Lorenzo, il a des chances d’ajouter au moins un autre titre à son palmarès, si je me fie à ton plaidoyer… mais surtout au vu de ce qu’il a démontré cette année. On va lui laisser l’occasion de confirmer son potentiel.

    En résumé, je t’accorde qu’il a du talent et qu’il offre un bon spectacle. Mais je ne l’aime pas pour autant. Je n’aime pas son côté bling-bling, ni son attitude générale. Et ça n’a rien à voir avec son âge.

    Je l’ai croisé à Milan, lors de la conférence de presse qu’il a donnée au salon — je lui ai même serré la main, tu vois que je ne suis pas rancunier (LOL) —, et il ne m’a pas plus convaincu en «vrai». Dans son discours, à cette occasion, mais surtout en général, je ressens arrogance et mépris et ça me gêne énormément. Ce que je n’ai jamais senti chez Rossi. Lequel n’était pas tendre dans ses rapports avec Giberneau et Biaggi, je te l’accorde, mais franc. Il ne les aimait pas et ne se privait pas de le dire haut et fort.

    Rossi sait être baveux (comme Sheene ou Roberts, par exemple) par moment, mais il n’a jamais rabaissé ses coéquipiers (Edwards et Hayden s’entendent même très bien avec lui). Tu reconnaîtras cependant qu’ils n’avaient pas son niveau de pilotage et étaient franchement dans son ombre.

    Enfin, car il faut bien clore le débat, je n’aime pas Lorenzo! Et je le revendique. C’est un bon, un très bon pilote, mais, dans mon esprit, ce n’est pas un Grand. À lui de me donner tort…

    Didier

    PS1 : Je reconnais là ton goût pour l’argumentation… que je partage d’ailleurs ;-)

    PS2 : Barry Sheene et Kevin Schwantz étaient sympas et champions. Hailwood, Read et Ago avaient du charisme. Quant à Jarno Saarinen, il avait le talent, le charme et la charisme, mais il est mort avant d’être champion.

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  5. Pierre G

    Ok, je te laisse le dernier mot. Même si…
    Puisque maintenant tu connais Lorenzo, envoie-lui notre échange, il saura ce qu’il lui reste à faire.

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  6. Anonymous

    Vos joutes sont un régal…même pour la profane que je suis.
    Votre passion commune se mêle à votre même amour des mots, mais ce que j’aime par dessus tout, dans vos échanges passionnés,c’est qu’ils dévoilent immanquablement votre indéfectible et espiègle amitié !
    Anne(nonyme !)

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