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Les Bobber et Speedmaster jouent les stars en Californie

Photos : Gareth Harford, Chippy Wood, Brian J. Nelson

Les bobbers ont été conçus au milieu du XXe siècle. À l’origine, il s’agissait de motos rigides dépouillées, avec des garde-boue raccourcis (d’où leur nom «bobbed»), un guidon bas et une selle solo. La Triumph Bonneville Bobber originale a été lancée il y a dix ans et présentait bon nombre de ces caractéristiques stylistiques. Si plusieurs constructeurs ont proposé des variantes modernes du bobber, ce qui distinguait vraiment la Triumph, c’était sa selle solo flottante, son traitement noir intégral et l’absence totale de chrome, deux caractéristiques que je trouve très attrayantes. Triumph a également fait un excellent travail en donnant à la moto un look minimaliste, sans fils ni câbles visibles. Bien que Triumph n’ait pas été le premier à produire une moto avec une suspension arrière cachée et un bras oscillant triangulé pour imiter un hardtail (Harley peut se vanter d’être le premier avec la Softail), elle a néanmoins très bien réussi le look, en particulier avec la selle flottante et le garde-boue arrière qui épouse le pneu de la Bobber. Elle reste à mon avis la seule moto personnalisée en usine qui mérite vraiment le nom de Bobber.

Les deux Triumph partagent le meme moteur 1200 HT

La Bonneville Speedmaster repose sur la même plateforme que la Bobber. Bien que le nom Speedmaster existe depuis bien plus longtemps que celui de Bobber (elle a été lancée en 2003), cette dernière génération a été introduite sur le marché un an après la Bobber. Si elle partage le moteur, le châssis et la taille des roues de sa sœur, elle offre une position de conduite plus conventionnelle, à la manière d’un cruiser, avec une selle double et un guidon large et reculé. Sa suspension est réglée pour offrir un confort accru avec un passager (la Bobber ne peut malheureusement pas accueillir de passager), et elle comporte beaucoup plus de chrome et d’aluminium poli. Son style décontracté s’inscrit davantage dans la tradition des cruisers à l’américaine, à l’exception de la présence d’un moteur V-Twin. 

Ces deux grosses Bonnie ont été mises à jour pour 2026, et nous avons eu la chance de les essayer dans les collines et les canyons du Sud de la Californie. 

Les similitudes et les nouveautés

Au cœur des deux motos se trouve le bicylindre parallèle à couple élevé de 1 200 cm3 à refroidissement liquide de Triumph. Il est doté d’un vilebrequin à 270 degrés qui lui confère un ordre d’allumage similaire à celui d’un bicylindre en V, tout en offrant un couple plus étendu qu’un vilebrequin à 180 degrés. Destiné à une utilisation cruiser, le moteur est réglé pour offrir un couple élevé à bas régime plutôt qu’une puissance à haut régime, avec une puissance de 77 chevaux et un couple de 78 lb-pi. Le même moteur de base développe 103 ch et 83 lb-pi dans la Speed Twin 1200. La courbe de couple est plus prononcée à bas régime dans les cruisers, avec plus de 70 lb-pi de couple disponibles entre environ 2 800 tr/min et un peu plus de 5 000 tr/min, ce qui donne une sensation de puissance imposante lors des changements de vitesse à partir d’un arrêt. Le moteur est couplé à une boîte de vitesses à six rapports via un embrayage à glissement assisté mécaniquement.

Le moteur de la Speedmaster a des touches d’aluminium poli

Les deux motos sont équipées d’une IMU à six axes pour 2026, qui permet un ABS et un contrôle de traction sensibles à l’inclinaison. Elles sont également équipées de phares à DEL et disposent désormais de ports USB-C commodément situés sur le côté gauche du tableau de bord. Comme auparavant, elles disposent de deux modes de conduite (Rain et Road) et d’un régulateur de vitesse à bouton unique. Les jantes en aluminium remplacent celles en acier des modèles précédents (celles de la Bobber sont noires), ce qui améliorerait la maniabilité. Si les selles de ces Bonneville personnalisées sont très différentes, elles ont toutes été élargies et redessinées pour offrir un meilleur confort. La Speedmaster dispose d’un guidon plus droit qu’auparavant pour une position de conduite plus neutre. Un nouveau réservoir de carburant porte la capacité de 12 à 14 litres sur les deux machines; alors que la Speedmaster a toujours eu un réservoir de 12 litres, les premières Bobbers n’avaient qu’un maigre réservoir de neuf litres avant de passer à 12. Quoi qu’il en soit, plus de carburant est une bonne chose. Les deux motos ont été dotées de nouveaux caches latéraux; les caches moteur de la Bobber ont également été redessinés, avec une arête inclinée qui met en valeur ce qui serait autrement une surface lisse.

Les deux motos sont équipées d’un compteur de vitesse analogique rond avec un petit écran LCD en bas qui affiche le niveau de carburant, le rapport engagé, l’heure, les informations du compteur kilométrique et les modes de conduite; j’espère que Triumph résistera à la tentation de le remplacer à l’avenir par un écran TFT. Si un écran TFT moderne ajoutait un nouveau niveau de fonctionnalité, j’ai le sentiment qu’il nuirait à l’aura rétro que dégagent ces deux Bonneville. 

La Bobber

La position de conduite de la Bobber est plus proche de ce que je considère comme idéal, principalement grâce à ses repose-pieds montés au centre, qui me permettent de plier les genoux à environ 90 degrés. La selle est réglable en avant et en arrière d’environ 50 mm sur son support de fixation, et, comme celui-ci est incliné vers l’arrière, le fait de reculer la selle au maximum fait passer la hauteur de selle de 700 mm à 690 mm. Le guidon plat est légèrement difficile à atteindre, même si la selle de ma moto d’essai était réglée dans sa position la plus avancée. Le réglage de la selle est semi-permanent, car il nécessite des outils. La selle est large, bien formée et offre un bon soutien, mais elle est plutôt ferme et m’a convenu pendant environ une heure de conduite, avant que je ne commence à me tortiller pour trouver une position confortable. 

La Bobber repose nonchalamment sur sa béquille latérale

Le moteur produit un grondement profond et riche dès qu’il est mis en marche, et il reste remarquablement souple au démarrage. L’embrayage est léger, comme sur les motos pour débutants, et la boîte de vitesses passe les rapports avec une grande souplesse. Le premier rapport est long, mais le couple élevé du moteur permet des démarrages sans effort. En accélérant, vous êtes propulsé vers l’avant avec force, le moteur montrant sa préférence pour les bas régimes. Vous ressentez de légères vibrations à travers la selle dans les rapports supérieurs à bas régime, probablement à cause de la façon dont la selle est montée; le long support est suspendu au cadre à partir d’un seul point de fixation avant, ce qui amplifie probablement les vibrations du châssis, un peu comme un diapason. Ce n’est pas inconfortable, mais cela donne plutôt au pilote l’impression que le moteur peine. La Speedmaster ne présentait pas cette caractéristique, que j’évoquerai plus tard.

La Bobber en action dans les canyons

Lorsque la Bobber a été lancée, elle était équipée d’une fourche étroite et d’un pneu avant de 19 pouces, ce qui lui conférait une direction relativement légère et neutre. En 2018, elle a été équipée d’une fourche plus large et d’un pneu de 16 pouces, ce qui lui donne une apparence plus musclée, mais a également rendu la direction un peu plus lente et plus lourde, et a donné à la moto une tendance à déraper en sortie de virage. La dernière Bobber présente toujours ces caractéristiques sur les routes sinueuses, ce qui nécessite un effort délibéré au niveau du guidon pour amorcer un virage, puis une pression constante pour maintenir l’inclinaison; ce n’est pas quelque chose que l’on remarquerait à moins d’avoir conduit le modèle original. La suspension est réglée pour une conduite solo plus sportive (sans passager, rappelez-vous), ce qui lui confère une conduite ferme, voire légèrement dure, sur les bosses prononcées.

La Speedmaster

La Speedmaster dans toute sa splendeur

Bien qu’elle repose sur la même plateforme, la Speedmaster donne l’impression d’être une machine complètement différente. La position de conduite est plus détendue, le guidon s’étendant vers le pilote plutôt que l’inverse, ce qui lui procure une position plus relaxée et plus droite. Les repose-pieds sont plus avancés, ce qui oblige à tendre les jambes et à pointer les orteils vers le haut. La selle est aussi moelleuse qu’un canapé de salon et offre un confort royal tout au long de la journée. 

La Speedmaster en action

Même si la Speedmaster pèse 15 kilos de plus que la Bobber (265 kg à vide contre 250 pour la Bobber), son guidon large allège considérablement l’effort de direction. La suspension est également plus souple et plus moelleuse en comparaison, ce qui contribue à un confort de conduite global accru. Le léger tremblement ressenti sur la Bobber est absent sur la Speedmaster, ce qui donne l’impression que son rapport de transmission est plus court, alors qu’il est en fait identique à celui de sa sœur. J’attribue cela à la selle plus moelleuse de la Speedmaster et au fait qu’elle est montée de manière conventionnelle, au-dessus du cadre, absorbant ainsi les vibrations plutôt que de les amplifier. Bien que je ne sois pas fan des repose-pieds montés à l’avant, cette configuration offre un peu plus de dégagement dans les virages que sur la Bobber, car ils sont placés un peu plus haut sur la Speedmaster. Les repose-pieds ne sont toutefois pas les plus confortables pour une utilisation quotidienne, car, comme sur tout cruiser à repose-pieds avancés, le vent à grande vitesse écarte les genoux, vous obligeant à les rapprocher constamment. Il existe toutefois une solution : des repose-pieds centraux similaires à ceux de la Bobber sont disponibles en accessoires au prix de 675 $.

Am stram gram

Il est vrai que la liste des cruisers s’est réduite au fil des ans à une poignée de modèles, principalement issus de constructeurs américains. Si vous êtes à la recherche d’un cruiser de style classique, mais que vous ne voulez pas dépenser votre argent dans le sud, Triumph propose deux motos qui répondent à ce créneau, très esthétiques et exceptionnellement performantes. 

La Bonneville Speedmaster, de style plus conventionnel, est plus confortable et, comme elle peut accueillir votre moitié, elle est plus pratique. Elle peut facilement occuper seule votre garage en tant qu’unique moto, capable de remplir pratiquement toutes les fonctions requises d’un cruiser. 

Si vous ne vous souciez pas vraiment de l’aspect pratique et que vous voulez quelque chose qui se démarque vraiment de tout ce qui est produit en série, et que votre partenaire possède sa propre moto, merci, alors la Bonneville Bobber est sans conteste la favorite. Son style est unique et elle dégage du caractère avant même de démarrer. Cependant, elle convient mieux comme deuxième moto à côté d’une autre, plus pratique. 

Quelle que soit celle que vous décidiez d’essayer, vous paierez le même prix d’entrée : le prix de base des deux motos est en effet de 17 595 $.