Un hiver en enfer
Publié le 6 mars 2026
Plus je vieillis et plus j’ai de la difficulté à supporter l’hiver, surtout depuis que j’ai délaissé le ski en raison de problèmes de santé. Cette saison maudite qui, dans nos contrées nordiques, s’étire sur près de six mois, est pour moi la source d’un ennui mortel dont je ne peux m’extirper qu’en dépensant sur Internet et en me divertissant sur YouTube. Deux activités qui m’offrent, au mieux, une cure ponctuelle autant qu’insatisfaisante. Je dépense pour éviter de penser au spleen qui envahit mon âme. « Le plus grand ennui, c'est d'exister sans vivre », prétend Victor Hugo.
Photos © Didier Constant, Jetboil et Lone Rider
Cette année, l’hiver a été particulièrement précoce et rigoureux. La première chute de neige est survenue au début du mois de novembre dernier, autour de la date de mon anniversaire de mariage. Et, depuis, il neige régulièrement, en plus de faire un froid de canard. Ce qui me donne envie de me rouler en boule sur mon canapé, enveloppé dans ma couette, et de regarder des vidéos de moto et de camping (à moto, en voiture, ou à pied). Pourtant, j’exècre le camping et la randonnée. La dernière fois que j’ai campé, ça remonte à 1978. Quant à la randonnée, je ne l’ai pratiquée que très brièvement dans ma jeunesse, pour impressionner une fille qui en était adepte et la pratiquait de façon minimaliste. Pourtant, j’adore marcher, surtout en montagne, mais ma condition m’empêche de porter un sac à dos, même peu chargé.
En fait, mon intérêt soudain pour le camping est suscité par une demande de mon petit-fils de six ans qui, va savoir pourquoi, adore la pêche et le camping, même s’il a très peu pratiqué ces deux activités de plein air dans sa jeune vie. À la fin de l’été dernier, il m’a dit qu’il aimerait qu’on aille camper en famille sur l’île de Grosbois, dans le parc national des îles de Boucherville, qui est desservi par une navette fluviale que nous empruntons régulièrement depuis trois saisons déjà, pour aller sur la Rive-Sud ou dans le Vieux-Port de Montréal.
Compte tenu de mon incapacité à lui dire non et de mon désir de profiter au maximum du temps qui me reste pour partager avec lui des moments agréables et créer des souvenirs merveilleux, j’ai choisi de m’équiper pour lui faire plaisir.
À l’exception de mon duvet Vintage, un Softy de Lestra Sport que j’ai acheté en 1978 et qui est toujours en excellent état grâce à un entretien et un rangement minutieux, et de mes matelas pneumatiques Coleman classiques, achetés chez Canadian Tire à la fin des années 90 pour recevoir ma famille, mon équipement de camping se limite à mon ADVTent Lone Rider, que j’ai acquis il y a deux ans et que je n’ai pas encore eu l’occasion d’utiliser. Une tente compacte, relativement légère et plutôt qualitative.

Lone Rider ADVTent
Depuis mes vacances d’été dans les années 60/70 avec mes parents, dans une tente Trigano de huit places à deux chambres, la technologie et les matériaux ont beaucoup évolué et le matériel de camping, sous l’impulsion des randonneurs, est devenu hyper technologique, ultraléger et horriblement cher.
En bon élève studieux, je me suis informé auprès de spécialistes du domaine et j’ai fait mes devoirs. Sur YouTube, le trekking est très populaire et compte de nombreuses vedettes, surtout aux États-Unis. J’ai souscrit à des chaînes de créateurs de contenu, comme Eric Hanson, Dan Becker, Justin Outdoors et MyLifeOutdoors, qui comptent des centaines de milliers d’abonnés et proposent des ressources et des conseils pratiques, ainsi qu’à celles de motocampeurs, comme l’Australien Rob Hamilton de Moto Feelz, le Vietnamien Thong Huoang de solocamp07, le Britannique Matt McFadden de Classic Rides, l’Américain Dork In The Road de Moto Camp Nerd et le Japonais Richard Paki, un passionné de café qui nous fait découvrir sa passion sous toutes ses formes, au guidon d’une Yamaha SR400 magnifiquement restaurée, avec laquelle il explore la région de Kyoto, dans son pays natal.
Grâce à leurs précieux conseils et à leur profonde expérience, durant l’hiver interminable je suis devenu un expert en équipement de randonnée et de camping à moto, deux domaines où la technologie de pointe et les prix exorbitants des produits sont la norme. Des secteurs d’activité dominés par des startups innovantes, américaines, australiennes ou européennes, dont BIG AGNES, EXPED, KILOS GEAR, NEMO, SEA TO SUMMIT, THERM-A-REST, ZENBIVY et de gros groupes, dont Canadian Tire, MEC, SAIL, REI (l’équivalent américain de MEC) et le géant français DÉCATHLON. Sans oublier AMAZON, site auprès duquel se fournissent de très nombreux utilisateurs.
Du coup, j’ai dépensé plus que de raison, en ligne et en magasin, pour m’équiper le mieux possible pour pratiquer le camping à moto et le camping familial. J’ai choisi des équipements de qualité, confortables et peu volumineux que je vais pouvoir utiliser dans les deux activités. Pour mes besoins particuliers, le poids est moins crucial qu’en randonnée — c’est ma voiture ou ma moto qui vont transporter tout mon barda, pas moi —, alors que le confort est primordial. Surtout à mon âge canonique. Ainsi, j’ai opté pour un système de couchage (matelas gonflable, sac de couchage, oreiller) de marque Zenbivy, innovant, luxueux et cher, mais qui m’offrira un confort royal en toute occasion. Même chose pour ma tente de camping à moto. Pour celle que je vais utiliser en famille, j’hésite encore entre deux modèles, un de chez DÉCATHLON et un de marque COLEMAN, à montage rapide. Les deux sont vendus à un prix similaire et plutôt abordable, en plus d’afficher un encombrement et un poids quasiment identiques.
Pour tout le reste (popote, kit de cuisine, réchaud, chaise, hamac, bâche, etc.), j’ai sélectionné différentes solutions me permettant de voyager en mode minimaliste (léger et peu encombrant) ou bien équipé, selon la situation, mes envies du moment, mais aussi selon que je voyagerai seul, accompagné, ou en famille.
Dans quelques semaines, je partagerai les achats que j’ai faits, mais surtout les raisons qui les ont influencés dans un dossier spécial sur l’équipement de camping à moto. Avec toutes les options que je choisirai en fonction de mes motos et des choix d’excursions que j’entreprendrai, qu’il s’agisse d’escapades d’un ou deux jours ou de longues excursions d’une semaine ou plus.
Dans le cas présent, le but n’était pas tant de faire des dépenses sages ou sensées, ni même des économies, mais plutôt de sortir de mon ennui saisonnier et de me permettre, l’été venu, de partager de magnifiques expériences avec ma famille ou mes amis, en tout confort et en toute liberté. De vivre ma passion différemment, mais tout aussi intensément. C’est une sorte de thérapie en fait. « Les conseils de l’ennui sont les conseils du diable», prétend un proverbe français. Et plus j’y pense, plus je crois qu’il dit vrai.
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Rien n’égale en longueur les boiteuses journées,
Quand sous les lourds flocons des neigeuses années
L’ennui fruit de la morne incuriosité,
Prend les proportions de l’immortalité.
Ces vers sont tirés du poème « Spleen » (IV, « Quand le ciel bas et lourd… »), issu des Fleurs du Mal (1857) de Charles Baudelaire


