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Se perdre pour mieux se retrouver !

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La route, c’est la vie ! Une fuite vers l’ailleurs autant qu’un élan d’espoir. L’espoir que demain nous apportera ce que l’on cherche désespérément. « Rien derrière et tout devant, comme toujours sur la route », disait Jack Kerouac. C’est un témoignage de confiance envers la vie. La conviction profonde que demain offre plus de promesses que de déceptions, et que le rêve est forcément au rendez-vous. Comme le souligne Oscar Wilde, « un rêveur est celui qui ne trouve son chemin qu’au clair de lune et qui, comme punition, aperçoit l’aurore avant les autres hommes. »

Depuis mon enfance, je suis en quête d’un absolu à travers une action qui ne peut me le donner. Pourtant, je n’y peux rien. Il faut que je bouge. J’ai des fourmis dans les jambes et dans les doigts. Est-ce dû à mes origines maternelles tziganes ? Difficile à dire, d’autant que ma mère était plutôt casanière. Attachée à sa famille. À sa maison. Séquelles de l’orphelinat et de la guerre, sans doute.

Le voyageur en moi veut découvrir des contrées inexplorées et frotter son âme à celle d’illustres inconnus afin de communier avec eux et de partager un moment d’éternité. Sans travestissement. Sans déguisement. Sans intermédiaire. Mais l’écrivain — au sens de celui qui écrit —, mythomane épique, cherche à immortaliser ces instants magiques en les embellissant par le langage. Il les travestit involontairement, inconsciemment, mais il les altère quand même. C’est la dualité que vivent la plupart des écrivains voyageurs. De Jack Kerouac à Bruce Chatwin. De Joseph Kessel à André Malraux. D’Arthur Rimbaud à Henri de Montherlant.

Antoine de Saint-Exupéry. Paris-Saïgon, 1935
Antoine de Saint-Exupéry. Paris-Saïgon, 1935 — Photo © DR

Pourtant, grâce à leurs mensonges mémoriels ou à leurs enluminures stylistiques, ils nous rendent la description d’un coucher de soleil plus intense et sublime que son observation. La préhension d’un sentiment plus profonde, plus intime. Les mots ont parfois un étrange pouvoir sur notre imagination.

Jeune, ce sont les mots qui ont assouvi ma soif d’aventures et de voyages. Les récits des pionniers de l’Aéropostale ou des pilotes français de la Bataille d’Angleterre. Et, plus tard, les voyages poétiques de Rimbaud, les errances de Kerouac ou les parcours initiatiques de Hermann Hesse qui affirmait que « sur les chemins sans risques, on n’envoie que les faibles. » Une façon intelligence d’établir un distinguo subtil entre aventurier et vacancier. « Le voyageur voit ce qu’il voit, le touriste voit ce qu’il est venu voir ! » prétend Gilbert Keith Chesterton.

Toujours est-il que je me suis abreuvé de ces aventures intérieures et de ces voyages immobiles jusqu’à plus soif. Jusqu’à ressentir le besoin impérieux de prendre la route à mon tour — à pied, à moto ou en voiture — et de partir à la découverte du monde. Après quelques expériences en auto-stop, puis en transport en commun, j’ai réalisé que la moto, économiquement viable malgré mes maigres moyens financiers de l’époque, me donnait plus de liberté d’action et de plaisir. Pour paraphraser Bruce Chatwin, je dirais que « le vrai domicile de l’homme n’est pas une maison, mais la route, et la vie elle-même est un voyage à faire à moto. » 

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Valley of Fire, 2004 — Photo © Didier Constant

J’ai franchi il y a longtemps déjà la ligne de partage entre ma jeunesse glorieuse et mon avenir qui rétrécit comme une peau de chagrin. Chaque kilomètre que je parcours me rapproche inéluctablement de la mort. Mais — et c’est là un cruel paradoxe —, s’arrêter pour se reposer, pour réfléchir ou prendre son temps, n’interrompt pas le décompte. Ne le ralentit pas le moindrement du monde. L’horloge continue à égrener les secondes dans un bruit assourdissant. Inexorablement !

Alors, roulons ! La liberté nous accompagne, sous le soleil comme dans la nuit. Elle éclaire le chemin et nous fait apprécier la solitude, fidèle compagne des aventuriers. Perdons-nous dans des endroits idylliques. Pour mieux nous retrouver. Semons notre âme aux quatre coins du monde afin de faire fleurir nos rêves sur des terres fertiles. Même si nous sommes le fruit du hasard d’une rencontre, la vie que nous vivons est la nôtre. Elle est faite de nos succès autant que de nos échecs. De nos choix. De nos espoirs. Nous ne sommes pas comme certains le prétendent, victimes d’une erreur fondamentale de casting. La vie n’a pas de sens et la mort est là pour nous rappeler à quel point elle est absurde. Et magnifique à la fois.

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Col du Galibier, 2017 — Photo © Didier Constant

L’aventure c’est avant tout un voyage intérieur, une rencontre avec l’inconnu, avec soi-même, que l’on fait sans GPS. Comme le disait avec justesse Joseph Kessel, « les grands voyages ont ceci de merveilleux que leur enchantement commence avant le départ même… On ouvre les atlas, on rêve sur les cartes. On répète les noms magnifiques des villes inconnues… » Autant de choses que la technologie moderne tend à rendre obsolètes et qui sont pourtant le sel de l’aventure. Notre destin se dessine à chaque pas que nous posons et nul gadget ne peut le prédire. L’important est de rêver, d’avoir la capacité de s’émerveiller de tout. Et d’avancer sans regret dans cette longue traversée du désert qu’est la vie. Jusqu’à l’adieu suprême !

3 résponses à “Cartographie de l’aventure”

  1. Patrick Laurin

    Beau texte tout en poésie….

    Tu as la plume pour rendre les choses plus vraies que vraies, plus belles que belles.

    Que ta plume roule encore longtemps sur le parchemin de la vie.

    Pat

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  2. Didier Constant

    Merci Pat pour ce compliment qui me va droit au cœur !

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    • saumy

      Merci beaucoup,

      C’est vraiment touchant et réaliste ce que vous écrivez

      ET SURTOUT CONTINUER !!

      J’ai mis votre lien sur notre site FB, si cela est ok avec vous bien sur
      sinon je l’enlèverai

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