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Un symbole de l’industrie moto britannique

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Un peu d’histoire

La Grande-Bretagne possède une longue tradition maritime. Déjà au 15e siècle, les marins britanniques — tout comme ceux d’autres pays maritimes d’ailleurs —, enduisaient les voiles de leurs bateaux d’huile de poisson (ça sentait mauvais), d’huile de lin (elle devenait rigide et se fissurait par temps froid) ou de graisse animale pour permettre au tissu d’emprisonner le vent tout en restant léger et imperméable. Puis, en 1830, le chimiste allemand Karl von Reichenbach découvre la paraffine. L’industrie maritime adopte aussitôt cette cire synthétique incolore et inodore pour étanchéifier les voiles de bateaux et les vêtements de marins, donnant ainsi naissance au coton ciré (waxed cotton, en anglais), un tissu léger, imperméable, respirant et que l’on peut réimperméabiliser à volonté. En plus d’être abordable. Une légende était née.

En 1894, J. Barbour and Sons, une entreprise de produits de luxe de South Shields, en Angleterre, qui deviendra Barbour International au début des années 30, choisit ce matériau miraculeux pour fabriquer des vêtements pour les dockers, les marins, les chasseurs ou encore les agriculteurs, puis, dès 1914, pour l’armée britannique. Durant la Seconde Guerre mondiale, l’entreprise fournira même des combinaisons étanches pour les sous-mariniers anglais. En 1936, Barbour introduit une gamme de vêtements de moto destinés à protéger les pilotes de l’équipe britannique des Six Jours d’enduro se déroulant alors en Forêt noire, en Allemagne.

Les membres de l’équipe britannique des Six Jours d’enduro de 1957 portant leurs ensembles Barbour.
Les membres de l’équipe britannique des Six Jours d’enduro de 1957 portant leurs ensembles Barbour.

En 1924, la firme Belstaff voit le jour, à Langton, dans la région des Middands de l’Ouest, en Angleterre. La jeune compagnie utilise le coton égyptien ciré pour confectionner une gamme de vêtements imperméables et, en 1948, elle met en marché l’iconique veste de moto Trialmaster. Un modèle porté par Ernesto Che Guevara lors de sa traversée à moto de l’Amérique du Sud, en 1952, ce qui contribue à sa notoriété. La Trialmaster a traversé les âges et est toujours au catalogue de Belstaff aujourd’hui.

Ernesto Guevara et son partenaire AlbertoGranados travaillant sur leur moto lors de leur voyage à moto en Amérique du Sud, en 1952
Ernesto Guevara et son partenaire Alberto Granados travaillant sur leur moto lors de leur voyage à moto en Amérique du Sud, en 1952

Ce type de veste dont la coupe est inspirée de la Saharienne de l’armée britannique en Inde domine les routes et les sentiers des cinq continents pendant des décennies, devenant même un symbole national du Royaume-Uni, jusqu’à l’invention du Gore-Tex, en 1970 et sa généralisation massive dans le domaine des équipements nautiques et de plein air, au cours des années 1980.

Steve McQueen porte fièrement sa veste Barbour aux ISDE de 1964, en Allemagne
Steve McQueen porte fièrement sa veste Barbour aux ISDT de 1964, en Allemagne

Les habitants de la perfide Albion ayant pour ainsi dire inventé la pluie, ils sont  les premiers à confectionner des vêtements de moto imperméables en utilisant le meilleur matériau étanche de l’époque, le coton égyptien ciré. Des vêtements qui ne sont pas partriculièrement esthétiques — les Anglais ne sont pas reconnus pour leur sens du design —, qui suintent la graisse quand il fait chaud, qui sentent le diable et sur lesquels insectes et débris viennent s’agglutiner à la moindre occasion. Mais, ces vêtements ont le mérite de garder les motocyclistes au sec et au chaud. Ces derniers ne leur en demandent pas plus. Pour ce qui est du look, ils les distinguent du vulgum pecus en les désignant de facto comme des motards, surtout s’ils portent un casque Cromwell, des lunettes d’aviateur et des bottes de tout-terrain dans lesquelles ils rentrent leurs bas de pantalons. Le total look sixties !

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Mon frère Marc, avec sa veste Speedwear Continental, son casque Davida Classic Jet et ses lunettes aviateur Climax dénichées sur eBay.

Retour à la mode

La vague Vintage (Néo-rétros, Café Racers, Scramblers) sur laquelle l’industrie surfe depuis quelques années a remis le coton ciré au goût du jour. Une popularité liée à son héritage classique, bien sûr. Même les motos d’aventure — le segment le plus porteur du marché depuis les années 2010 — reprend ce matériau historique réinterprété au goût du jour. Les films relatant les voyages des acteurs britanniques McGregor et Boorman ont certainement contribué à ce regain d’intérêt de la part des pilotes de moto d’aventure.

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Ewan McGregor et Charley Boorman dans leurs tenues Belstaff lors de leur expédition «The Long Way Up», en 2020.

Les grandes marques internationales — Aerostich, Alpinestars, Dainese, Furygan, Helstons, Oxford, Rev’It! — offrent toutes au moins un vêtement en coton ciré dans leur gamme, sans oublier les équipementiers britanniques — Barbour, Belstaff, Merlin, RST, Spada, Speedwear —, dont c’est le fonds de commerce. En plus d’être à la mode, un blouson de moto en coton ciré vous donne l’air cool, encore plus que si vous portez un blouson en cuir. Et, ce qui ne gâte rien, il est très pratique. Le coton ciré n’absorbe pas l’humidité et laisse la vapeur d’eau et la sueur s’échapper, faisant ainsi preuve d’une bonne respirabilité. Si vous combinez une couche extérieure en coton ciré avec une membrane imperméable, ce que certaines compagnies comme Merlin font, vous obtenez alors un niveau d’imperméabilité très élevé. Comparable à celui du Gore-Tex et d’autres fibres techniques.

Brad Pitt et sa veste Belstaff dans le film «L'étrange histoire de Benjamin Button»
Brad Pitt et sa veste Belstaff dans le film «L’étrange histoire de Benjamin Button»

La respirabilité des vêtements étanche est primordiale. C’est pourquoi nous ne portons pas de vêtements en caoutchouc par mauvais temps. Ce matériau est peut-être étanche, mais il ne respire pas et on se sent comme dans une étuve après quelques minutes seulement. Les gouttelettes d’eau sont relativement grosses par rapport aux particules de vapeur d’eau ou de sueur, de sorte que des trous microscopiques peuvent être utilisés pour laisser passer cette dernière, tout en repoussant la pluie. C’est le principe fondateur des membranes imperméables et respirantes contemporaines.

Le coton égyptien, tout comme les fibres techniques, est tissé serré. Quand on lui applique un traitement imperméable — une cire dans le cas présent —, ses fibres creuses sont suffisamment proches les unes des autres pour bloquer les gouttes de pluie, tandis que les espaces microscopiques qui les séparent permettent à la sueur et à l’humidité de s’échapper. En fait, la cire ne recouvre pas les fibres, elle les remplit. C’est la condition sine qua non pour que le tissu enduit bloque efficacement la pluie.

David Beckham et ses amis pour une pub de Belstaff, en 2014
David Beckham et ses amis pour une pub de Belstaff, en 2014. Le summum de la coolitude.

Avantages et inconvénients du coton ciré

Le principal avantage du coton ciré, en dehors de son aspect et sa durabilité (on parle de plusieurs dizaines d’années dans les meilleurs cas), c’est d’être vraiment étanche. Par ailleurs, on peut le réimperméabiliser à volonté en appliquant périodiquement (au moins une fois par an) une couche de cire paraffine ou réalisée à partir d’ingrédients naturels à base de plantes, de cire d’abeille et de lanoline. De plus, le coton ciré est résistant aux perforations, au déchirement et aux braises volantes, par exemple. Il se bonifie avec l’âge et l’usure, se patinant avec le temps, comme le cuir. Il prend du vécu.

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Parmi ses inconvénients, on note un poids élevé, par rapport aux fibres synthétiques modernes, une certaine rigidité quand il est neuf, laquelle disparaît à l’usage et une moins bonne résistance à l’abrasion que le cuir. Le coton ciré est également moins flexible que les membranes imperméables et respirantes les plus récentes dont certaines sont extensibles dans quatre directions. Enfin, la plupart des vêtements rétro en coton ciré possèdent une doublure fixe en coton qui limite un peu leur respirabilité. On peut les ôter (il suffit de les découdre) et porter des sous-couches modernes respirantes en fibres synthétiques ou en laine de mérinos, par exemple. C’est une affaire de préférences personnelles.

En conclusion

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Veste Merlin Rowan

Compagnons d’infortune des motocyclistes pendant des décennies, les vêtements en coton ciré retrouvent la faveur de ces derniers après une trentaine d’années de séparation forcée. Grâce en partie à la mode des motos Vintage qui a donné une seconde vie au coton ciré. Mais aussi à des firmes comme Aerostich, Barbour, Belstaff, Merlin qui ont su faire évoluer leurs modèles iconiques et créer de nouveaux classiques intemporels. Et très branchés.