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Une première édition prestigieuse !

Olivier Wagner et le jury

Photos © Didier Constant et François Pacou

Assis dans le noir, à la première rangée de la salle Jean Vigo de l’Espace Magnan, je regarde l’étonnant film I Fidanzati Della Morte (Les fiancés de la mort) de Romolo Marcellini. Ce long métrage de 1957 restauré avec passion par Silva Fedrigo et Alessandro Marotto, fondateurs de Rodaggio Film est un film quasiment oublié aujourd’hui qui présente une intrigue amoureuse sur fond de courses de moto et met en vedette des champions de l’époque, dont Pierre Monneret, Geoff Duke, Bill Lomas, Libero Liberati, Enrico Lorenzetti et quelques autres. Une version kitch sur deux roues de « Grand Prix » de John Frankenheimer, sorti en 1966.

À ma gauche, Freddie Spencer, triple champion du Monde 250/500cc. À côté de lui, sa femme. Quelques fauteuils plus loin, Gérard Delio, photographe émérite qui arpente les circuits de France et de Navarre depuis plus de 40 ans. Une pointure ! À ma droite, Éric Saul et Bernard Fau, deux pilotes iconiques de la filière française qui a marqué le Continental Circus, au début des années 70. Pas à dire, je suis en bonne compagnie.

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De gauche à droite : Bernard Fau, Eric Saul, Didier Constant, Freddie Spencer, Alexandra Jo-Catti, Gérard Delio

Blotti dans mon fauteuil, je me sens tout petit. Je regarde le film avec délectation. Sans piper mot. Avec l’impression d’être un imposteur. Même si j’ai une certaine légitimité pour avoir donné un modeste coup de main à mon ami Olivier Wagner, le fondateur du festival. Un an plus tôt, jour pour jour, alors que nous revenions d’une course d’endurance au circuit du Luc, dans le Var, il m’a parlé de son projet de créer le Festival du Film Moto de la Côte d’Azur afin que des réalisateurs français, comme lui, puissent présenter leurs œuvres au public hexagonal. À ma grande surprise, j’ai alors appris qu’il n’existait pas de festival de films de moto en France et que les plus importants étaient aux États-Unis, au Portugal, en Espagne, au Japon, voire au Canada.

Présenté du 2 au 4 mars derniers à l’Espace Magnan, un centre culturel associatif de Nice, le Festival du Film Moto de la Côte d’Azur a été un succès sur toute la ligne — organisation parfaitement rodée, sélection internationale de haut vol, salle de projection parfaite, audience captive — et a couronné trois excellents films.

Seule la température laissait à désirer. On se serait cru au Québec en janvier. La veille de mon arrivée, un froid sibérien s’est abattu sur la Côte d’Azur, accompagné d’importantes chutes de neige. Moi qui pensais fuir l’hiver et me chauffer la couenne au soleil du Midi… Une belle éclaircie, le vendredi et le samedi après-midi m’a cependant mis du baume au cœur et permis d’entrevoir Nice sous le soleil.

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L’équipe réunie devant le nouveau symbole de Nice.

Tenu sur trois jours — du vendredi midi au dimanche soir —, le festival projetait 18 films, courts et longs métrages, dont 15 en compétition officielle. Des œuvres provenant de France, d’Italie, de Grande-Bretagne, de Belgique, mais aussi d’Australie, du Mexique et des États-Unis. Plusieurs réalisateurs avaient également fait le voyage jusqu’à Nice pour suivre le parcours de leur bébé en live. C’était le cas de Ned Thanhauser dont le court métrage « The Monkey and her driver » était en lice , de Benjamin Donadieu, auteur de « Sultans of Sprint », également en compétition, mais aussi de Bernard Fau (Il était une fois le Continental Circus) ou de Silva Fedrigo et Alessandro Marotto ( I Fidanzati Della Morte) qui présentaient leur film hors compétition et venaient rencontrer le public niçois.

Tout motard peut identifier un film de moto qui a marqué sa vie. Pour Freddie Spencer, il s’agit de « On Any Sunday », de Bruce Brown mettant en vedette Steve McQueen. Pour d’autres, c’est « The World’s Fastest Indian » qui illustre le parcours de Burt Munro à Bonneville. Pour moi, ce fut « Continental Circus », le premier film que je suis allé voir seul au cinéma, en 1972. J’avais 14 ans. J’y suis allé en mobylette, blouson de cuir noir sur le dos et intégral Bayard enfoncé sur le crâne. Fier comme Artaban. Les premiers émois de la liberté, en quelque sorte. En 1975, sortait « Le Cheval de fer » de Pierre-William Glenn consacré aux pilotes français qui ont écrit 20 ans de l’histoire du Continental Circus, de 1969 à 1988. Ce film allait devenir ma référence jusqu’à la sortie, il y a quatre ans, du documentaire génial de Bernard Fau « Il était une fois le Continental Circus ». Le temps passe — presque 50 ans —, mais la passion pour les années dorées des Grand Prix ne m’a pas quitté. L’homme passe sa vie à ressasser les rêves qu’il a faits adolescent.

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Contrairement à la croyance populaire, être juré dans un festival c’est plus que regarder des films dans un fauteuil douillet. En fait, c’est un exercice qui s’apparente beaucoup au métier d’essayeur moto. Il faut regarder, ressentir, comparer, analyser, juger. Et ensuite, faire des choix selon des critères préétablis : histoire, scénario, réalisation, montage, photographie, universalité du propos, passion… En essayant d’être le plus impartial possible, le plus juste, malgré nos préférences et nos préjugés.

Mais c’est aussi rencontrer les réalisateurs et le public après chaque projection. Discuter avec eux. Prendre le pouls de la salle. Partager. C’est ça l’esprit du festival, comme le reconnaît Olivier. « Le festival est l’occasion de voir des chefs-d’œuvre qui pour la plupart n’ont pas été diffusés à grande échelle. Des réalisations de qualité dans un domaine qui nous tient à cœur. Mais c’est surtout rencontrer des cinéastes et des motards d’expérience avec lesquels discuter et partager. C’est le but premier du Festival du Film Moto de la Côte d’Azur. La raison pour laquelle il a été créé. »

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Le jury et l’équipe du festival avec les membres d’Esprit Motard 06

Pour moi, ces trois jours ont été une révélation. J’ai adoré l’expérience, l’ambiance, les films, mais aussi les gens que j’ai croisés et avec lesquels j’ai partagé un moment d’éternité, de connivence. Les membres du jury, ceux de l’association Esprit Motard 06, Bernard Fau, Hanane et Hajer, les charmantes hôtesses de l’association Les Amis des Gourmands, Silva Fedrigo et Alessandro Marotto de Rodaggio Film, Ned Thanhauser et son épouse Michele Kribs, Benjamin Donadieu, Josselyne Belieu, sans oublier mon ami François Pacou ni tous les spectateurs qui sont venus me rencontrer à la fin des présentations.

Mais, finalement, il faut bien trancher et désigner un vainqueur dans chaque catégorie. À contrecœur parfois. Au sein du jury, nous n’avons pas vraiment eu de cas de conscience. Ni de bagarre. Tout le monde était d’accord sur les films qui se démarquaient. Tous véhiculaient la même passion, les mêmes valeurs universelles, dans des histoires complètement différentes. En fait, on s’obstinait sur des points de détail pour le plaisir d’argumenter. Et la satisfaction de faire valoir son idée.

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Guido Mancini et Andrea Dovisiozo

Après délibération, le jury a accordé le prix du meilleur long métrage au film italien « Il Mago Mancini » de Jeffrey Zani. Ce documentaire raconte l’histoire du mécanicien et préparateur Guido Mancini qui a aidé cinq des pilotes italiens les plus talentueux de ces 30 dernières années au début de leur carrière : Loris Capirossi, Valentino Rossi, Andrea Dovizioso, Franco Morbidelli et Romano Fenati. Un récit touchant et éminemment humain. Universel.

Le prix du meilleur court métrage a quant à lui été décerné au film américain « Black Lightning : The Rollie Free Story » de Zach Ziglow. Ce documentaire retrace la vie de Rollie Free. Il raconte sa farouche détermination à se venger de Harley-Davidson qui n’a pas respecté sa promesse de lui fournir une moto d’usine pour courir en board track. Et sa volonté inébranlable de battre les pilotes de l’usine de Milwaukee sur la piste et les concessionnaires de la marque, dans leur propre ville, toute sa vie durant. D’abord comme concessionnaire Indian, puis Vincent. Rollie est notamment célèbre pour avoir établi un record de vitesse en 1948, sur le lac Salé de Bonneville (Utah) aux États-Unis, au guidon d’une Vincent HRD Black Lightning. Il a parcouru la distance réglementaire, dans les deux sens, à la vitesse moyenne de 242 km/h, en ne portant qu’un maillot et un bonnet de bain ainsi qu’une paire d’espadrilles, afin d’offrir le moins de résistance possible au vent. Un exploit immortalisé par une photo désormais légendaire.

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Rollie couché sur sa Vincent HRD Black Lightning en quête de son record

Le public a pour sa part honoré le long métrage australien « Dream Racer », hommage vibrant à la détermination et à la ténacité du pilote Christophe Barrière-Varju dans sa tentative quasi désespérée de prendre part au légendaire rallye Paris Dakar, en Amérique du Sud, en 2009 et de franchir la ligne d’arrivée coûte que coûte. Sans gros commanditaire, sans équipe technique, sans budget faramineux. Un pilote, une moto. Un cinéaste, une caméra. Et des péripéties qui vous tiennent en haleine tout le long du récit. À la fin, il en résulte une histoire humaine inspirante qui vous donne envie de vivre votre propre aventure et de dépasser vos propres limites. Partir de l’individu pour rejoindre l’universel, encore une fois.

« La qualité d’un homme se calcule à sa démesure ; tentez, essayez, échouez même, ce sera votre réussite, » disait Brel.

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Simon Lee, le réalisateur de Dream Racer et Christophe Barrière-Varju, le héros

Compte tenu de la qualité de la sélection, de la pertinence du jury et du professionnalisme de l’organisation, Olivier Wagner et son équipe vont avoir fort à faire l’an prochain pour présenter la deuxième édition de ce festival — puisqu’il y aura bien une seconde édition, le délégué aux arts de la mairie de Nice ayant assuré l’organisation du festival du soutien de la ville. En fait, le FRMFF risque de devenir un événement incontournable. Le seul de son genre en France et l’un des meilleurs au niveau international, avec les festivals de New York, Los Angeles, Portland, Lisbonne, Barcelone, Milan et Toronto pour ne nommer que les plus importants. La barre est haute, mais Olivier Wagner saura la franchir. Il est condamné à l’excellence désormais.

Et comme disait Jacques Brel, encore lui : « Le talent, ça n’existe pas. Le talent c’est d’avoir envie de faire quelque chose ! »

Pour de plus amples informations sur le FRMFF, visitez le site du festival.

Toute l'équipe du FRMFF
Toute l’équipe du FRMFF

Les lauréats

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Il Mago Mancini – Italie (2005)
Réalisateur : Jeffrey Zani

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Black Lightning: The Rollie Free Story – USA (2011)
Réalisateur : Zach Ziglow

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Dream Racer, Australie (2013)
Réalisateur : Simon Lee

Accessits

1971. Motorcycle Heart – France (2017)
Réalisatrice : Stéphanie Varela

Trois Pêcheurs - Belgique (2012)
Réalisateur : Axel du Bus

La sélection officielle

Longs métrages en compétition

Courts métrages en compétition

Films Hors Compétition

Galerie

Une réponse à “Festival du Film Moto de la Côte d’Azur”

  1. Patrick Laurin

    Super initiative

    Belle expérience que tu a vécu là bas c’est sur. Je souhaite une longue vie et franc succès au festival pour les années à venir.

    Patrick

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