« Essais à long terme

Balade bucolique au pays des lutins et des draveurs

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Aujourd’hui, direction Grande-Anse, à une cinquantaine de kilomètres au sud de La Tuque, en passant par les routes secondaires de Lanaudière et de la Mauricie. Le but est de parcourir un peu plus de 600 km dans la journée afin de pouvoir amener la S1000XR et la RC390 chez le concessionnaire en début de semaine prochaine pour leur inspection des 1000 km.

Nous sortons de Montréal par l’autoroute 40 que nous quittons avec empressement à Berthierville. 158E et 347N pour rejoindre Saint-Gabriel-de-Brandon, notre première destination. Puis nous bifurquons au sud, vers Louiseville pour remonter sur Saint-Paulin et Saint-Alexis-des-Monts par la 349N. On tourne en rond, on revient sur nos pas. C’est ce qui arrive quand on part sans but, sans itinéraire planifié. Quelques kilomètres après la sortie de Louiseville, il faut faire un premier arrêt, la KTM étant déjà tombée en réserve. Avec une autonomie d’à peine 180 km, on ne prend pas de risque quand le témoin de réserve s’allume en rase campagne. La première station est la bonne.

Dans cette région légèrement vallonnée, le paysage est sublime et la route sinueuse comme un intestin grêle. Elle suit le cours de la Rivière du Loup en dessinant de grandes courbes rapides que nous avalons goulûment, à une vitesse indécente. La S1000XR est dans son élément. Son quatre en ligne rageur accélère avec autorité dans une sonorité envoutante soulignée par le souffle court et addictif du shifter. Je multiplie les passages de rapports, juste pour le plaisir de l’entendre entrer en action.

À Saint-Alexis-des-Monts, nous suivons une petite route sympa, émaillée de magnifiques virages serrés et d’épingles dans lesquels la BMW virevolte comme une danseuse de tango. Gracieuse! Agile! Vive! Précise! Trente kilomètres plus loin, nous arrivons dans un cul-de-sac. Il faut revenir sur nos pas, on n’a pas le choix. Retour à Saint-Paulin, par la même route sublime — un cadeau de l’improvisation — pour rejoindre le village de Saint-Élie-de-Caxton, fief du conteur Fred Pellerin.

Le Garage de la culture de Saint-Élie-de-Caxton
Le Garage de la culture de Saint-Élie-de-Caxton

Ce hameau perdu en pleine forêt, au sud du parc de la Mauricie, serait traversé par des lutins, selon une légende du cru. La prudence est de rigueur. Il n’a pas de charme particulier, pas de monument historique, pas d’histoire héroïque. Son seul fait d’arme est d’avoir été rendu célèbre par Fred Pellerin, son illustre résident qui a réussi à en faire une destination touristique mondialement connue à force de contes fantasmagoriques, d’histoires à rêver debout et d’émissions de télé dans lesquelles il nous présente son village et ses habitants, dont certains sont plus grands que nature. Aujourd’hui, les touristes font le détour pour visiter Saint-Élie-de-Caxton. Comme nous. Quand nous arrivons au Garage de la culture, Fred est là, avec des journalistes et une équipe de télé locale. Il s’active comme un diable dans l’eau bénite, une grosse boîte dans les bras. Il prend quand même le temps de poser pour une photo, puis retourne dans le garage poursuivre ses activités. Quand on le regarde, il donne l’impression d’avoir la tête en l’air. De penser à mille choses à la fois. Ce qui n’est qu’une apparence. Derrière ses indévissables lunettes rondes en corne, ses yeux pétillent, observent, analysent. Et imaginent un monde fantastique. Dans son t-shirt blanc un peu étiré et son jean délavé, il ne pose pas pour la galerie. Il est naturel. Concentré. Et disponible. J’en profite pour le saluer et je demande à l’un de ses disciples où l’on peut se restaurer rapidement dans le village. « C’est pas compliqué ! Tu vas jusqu’à l’église, sur la rue principale — tu ne peux pas te tromper — et le restaurant est juste à côté. La cuisine est simple, mais bonne ! J’y vais tous les matins prendre mon petit-déjeuner. La patronne est sympathique, le service courtois et rapide ! »

Il est presque midi. Patrick et moi ne nous faisons pas prier et suivons les conseils de notre guide d’un moment. Et force est de reconnaître qu’il a raison à tout point de vue.

Après avoir avalé un délicieux Fish & Chips et une bonne glace à la pistache, nous reprenons la route et poursuivons notre chemin vers Grand-Mère, en longeant le Parc de la Mauricie que nous décidons de contourner. Les routes autour du parc sont tout aussi exaltantes et moins patrouillées. En plus d’être gratuites.

À Grand-Mère, nous prenons la 155N et suivons la Rivière Saint-Maurice et ses méandres pendant une cinquantaine de kilomètres, jusqu’à Rivière-Matawin où nous faisons le plein, la RC390 ayant soif à nouveau. Sur la S1000XR, j’ai de la marge. Je peux parcourir plus de 300 km avant de tomber en rade. Mais je constate que le temps presse. Si je veux être à Montréal à 16 h (j’ai rendez-vous), il faudra faire demi-tour dans quelques kilomètres, prendre l’autoroute et ne pas chômer en chemin.

Entre Grande-Anse et Shawinigan, la 155 est enchanteresse avec ses grandes courbes rapides dans lesquelles la BMW fait preuve d’une tenue de route exemplaire. Solide sur ses appuis. Puissante et véloce. Enivrante. Devant moi, Pat a la tête dans la bulle de la KTM, les épaules et les coudes serrés pour ne pas perdre le moindre kilomètre/heure. À ma droite, la Saint-Maurice suit son cours inexorablement. En l’observant, je ne peux m’empêcher de remonter le temps sur ses flots. J’imagine les draveurs du siècle dernier marchant sur l’eau, sautant d’une pitoune à l’autre avec leurs bottes à pointes métalliques, le tourne-bille à la main. Et là, dans ce panorama figé dans le temps, je me sens soudain proche de ces bûcherons solitaires qui risquaient leur vie sur les billots flottants pour la gagner maigrement, malgré les aléas.

Les 244 km entre Grande-Anse et Montréal sont avalés en moins de deux heures, malgré un arrêt éclair à Louiseville pour un troisième plein. En dépit des huit heures passées en selle, je ne ressens ni douleur ni courbature. À l’exception d’un élancement dans le coude droit causé par l’éloignement excessif du guidon. Il serait peut-être judicieux d’installer un réhausseur de guidon pour contrer ce problème. Le compteur de la S1000XR indique 1098 km. Mission accomplie ! Je vais pouvoir l’amener à son inspection mardi. En arrivant, j’en profite pour installer un GPS BMW Motorrad Navigator V et un sac polochon BMW reçus dans la journée. Ainsi équipé, je vais être prêt pour entreprendre de plus longs voyages en compagnie de la BMW. Vous me suivez ?

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STATISTIQUES

  • Kilométrage total : 1098 km
  • Distance parcourue aujourd’hui : 663 km
  • Consommation moyenne : 6,3 L/100 km
  • Autonomie : environ 315 km

GALERIE

* Pour les cinéphiles, il s’agit d’une référence au film de Mel Stuart « If it’s Tuesday, This must Be Belgium » (Mardi, c’est donc la Belgique)