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Motards vagabonds et amoureux célestes

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Photos : Frédéric Aubé

Ils se nomment Frédéric et Magali, mais ils auraient aussi bien pu s’appeler Paul et Virginie, Tristan et Yseut ou encore Roméo et Juliette. Deux amoureux au temps du Web 2.0, mais sans le destin tragique des amants de légende évoqués précédemment. Un couple hors norme à bien des égards. Ils se sont rencontrés il y a plus de cinq ans par l’intermédiaire d’un ami virtuel et ça a été le coup de foudre. Ils se sont découvert des goûts en commun, une passion dévorante pour la moto et une vision de la vie qui les rapproche chaque jour un peu plus.

Même s’ils sont ensemble depuis un lustre, ils n’ont pas passé beaucoup de temps l’un avec l’autre. Au maximum deux ans, si on fait le compte des journées qui les ont réunis. Lui vit au Nunavut, où il travaille, une bonne partie de l’année, elle à San Francisco où elle enseigne la musique. Pas aux antipodes, mais presque. Chaque fois qu’il a un congé (toutes les trois semaines environ, compensation pour son exil dans le Grand Nord), il accourt en Californie sur les ailes d’un ange. Le reste du temps, ils se courtisent via internet. La solitude, ça n’existe pas quand on s’aime comme eux.

Chaque fois qu’ils le peuvent, ils entreprennent un long périple à moto. La Californie est leur terrain de jeu favori — le plus proche de leur nid d’amour, mais surtout un des plus beaux panoramas d’Amérique du Nord —, ce qui ne les empêche pas de s’aventurer hors des sentiers battus et d’explorer l’inconnu. Quand je les ai rencontrés, ils arrivaient d’une expédition à moto sur la Côte Ouest de l’Amérique qui les a menés de la Baja Californienne à Vancouver par les chemins de traverse.

De g. à d.: Didier, Magali et Frédéric
De g. à d.: Didier, Magali et Frédéric

En les voyant, assis au bar du Bouillon Bilk, j’ai eu un sentiment de connivence immédiat. L’impression de les retrouver après les avoir quittés la veille. De partager avec eux un moment d’éternité. Les voyageurs se reconnaissent mutuellement au premier coup d’œil. Entre eux, pas de regards fuyants. Ils se regardent droit dans les yeux et voient dans ceux de leur interlocuteur les paysages magnifiques qu’il a traversés comme s’ils les avaient eux-mêmes parcourus. Avec cette lueur reconnaissable qui les distingue de la foule anonyme.

Au fil de nos échanges, j’ai constaté que nous partagions les mêmes rêves, les mêmes passions — la moto, les voyages, la photo, la musique, le cinéma, la bonne bouffe —, les mêmes références culturelles — spécialement avec Magali qui est d’origine française —, mais surtout une certaine communauté d’esprit, une vision de la vie assez similaire. Quand je les observe, quand je les écoute, je retrouve cette flamme qui brûle en moi et me consume, je reconnais mes choix, mes préférences et mes goûts. Au point où on haït les mêmes choses — le bleu, les comptables, les planificateurs, l’autorité, les contraintes, la retraite (la liste n’est pas exhaustive). On vit la vie au présent, sans se projeter dans le futur et on investit dans nos plaisirs immédiats, l’amitié, les rencontres, l’aventure. Sans calcul. Sans espoir de rendement. On vit sur les intérêts de nos déplacements.

En Fred et Magali, je retrouve le Motard vagabond qui m’habite. Partout chez lui, mais paradoxalement nulle part à demeure. Je reconnais ce besoin impérieux, vital de bouger, de partir. Voyager est un moyen d’exercer sa liberté et de tester ses chaînes, celles qu’on a choisies et non celles qu’on nous impose. C’est une façon de renaître à la vie, de réinitialiser le compteur de nos opportunités. Chaque périple que l’on entreprend nous construit et nous déconstruit à la fois. Il nous façonne, nous réinvente. Le plus dur n’est pas le voyage en soi, c’est faire le premier pas. Prendre le risque. C’est cette faculté de décision, cette facilité à se mettre en déséquilibre, voire en danger, qui distingue le voyageur dans l’âme du touriste.

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Parcourir le monde est une passion, pas une passade dans laquelle on se jette en dilettante. C’est une folie qui nous envahit. Un mythe qui s’accomplit. Une tentative de transformer un rêve en réalité et la réalité en rêve. De dessiner un avenir meilleur dans lequel on joue un rôle créatif.

Quand Fred et Magali évoquent leurs rêves, mais aussi leurs craintes, je me dis qu’ils ont bien de la chance de partager un tel parcours. L’amour est la plus belle utopie que l’on puisse vivre à deux. Et si la route est le vrai domicile de l’Homme, je leur souhaite d’en faire leur demeure, pour l’éternité.

Pour paraphraser Henry de Monfreid, un grand baroudeur s’il en fut, je leur dirais : « N’ayez jamais peur de la vie, n’ayez jamais peur de l’aventure, faites confiance au hasard, à la chance, à la destinée. Partez, allez conquérir d’autres espaces, d’autres espérances. Le reste vous sera donné de surcroît. »

7 résponses à “Frédéric et Magali ”

  1. Pacounator

    Merci de cette bouffée d’espoir Didier .

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  2. Anne

    Elle est belle cette histoire… et si joliment décrite !

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  3. Pierre G.

    Z’ont l’air bien sympa ces deux-là, ça confirme les quelques échanges virtuels… Je me régale de leurs photos !
    Tu nous les ramène en Europe un jour, Didier ?

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    • Didier Constant

      Qui sait Pierre? Peut-être un de ces jours…

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      • magali

        Y a de grosses chances que ce sera l été 2017 =) en tk, c est en préparation!!

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  4. Yvon Sylva Aubé

    Bonjour Didier, Magali et Frédéric

    Merci Didier pour ce bel article dans lequel je me retrouve aussi comme globe-trotter, car je suis l’heureux père de Frédéric. Salut Frédéric et Magali, nos routes ne se croisent pas souvent mais nous nous retrouvons chaque jour par l’amour mutuel de la liberté que procure l’aventure en voyage.
    Bonne route, bons voyages et au plaisir de jouir de la Vie, de l’Amour, de la Liberté.
    à bientôt
    Je vous aime et vous embrasse de Paris. xxxx

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  5. magali

    Merci Yvon c est tres apprécié !!!

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