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Merci pour ces moments magiques passés ensemble

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Photos : Didier Constant, John Bayliss, Colin Fraser, DR

Selon les informations que j’ai pu recueillir, lesquelles sont encore parcellaires, Rob aurait trouvé la mort lors d’un rallye moto hors route, en Ontario. Pour l’instant, je crois savoir qu’il aurait été victime d’une collision frontale avec un pick-up, au sommet d’une côte. Et que Rob nous a quittés soudainement. Sans prévenir. Nous devions nous voir mardi, pour un lancement Yamaha. Je lui en veux un peu de me faire faux bond à la dernière minute.

Depuis une dizaine d’années, Rob s’était découvert une passion pour la moto d’aventure et le hors route, comme beaucoup de motocyclistes aujourd’hui. Il ne manquait pas une occasion de traverser le pays par les sentiers.

N’étant pas croyant, je ne parviens pas à me consoler en pensant qu’il est allé rouler sous des cieux plus cléments en compagnie de nos amis communs, Martin et Piero, eux aussi partis trop tôt. Depuis 2001, c’est le troisième ami et collègue que je perds. Yves-Martin Proulx, mon partenaire d’aventure à Moto Journal, est parti le premier, à l’âge de 30 ans, d’une leucémie fulgurante. Suivi par Piero Zambotti, deux ans plus tard, à 26 ans, lors d’un voyage de Cycle Canada/Moto Journal. Ironiquement, Piero avait été repéré et formé par Rob, au début de CMG. Et il avait ensuite rejoint les rangs de Turbopress où Yves-Martin, Costa Mouzouris et moi-même travaillions déjà.

Rob était un ami de longue date. Nous nous connaissions depuis 1999. Nous avions en commun la particularité d’être des exilés. Lui venait de Grande-Bretagne, moi de France. Nous partagions cette mélancolie commune à ceux qui ne sont vraiment chez eux nulle part (ou chez eux partout) et qui sont assis le cul entre deux continents, entre deux pays, entre deux cultures et entre deux familles éloignées. Autre point commun, nous avions tous deux créé notre propre magazine de moto sur le Web.

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Avec Rob lors du lancement de la Yamaha FZ-6 en Afrique du Sud, en 2007. Ironiquement, le décès d’un journaliste italien dans la vague précédant la nôtre avait transformé le lancement en balade touristique autour du Cap.

Même si nous nous côtoyions peu — deux ou trois fois par année, au gré des lancements de presse et des salons — nous trouvions toujours le moyen de passer de bons moments ensemble. Rob était toujours souriant, toujours heureux. En apparence, à tout le moins. Toujours prêt à partager une bonne pinte de bière ou un whisky écossais. Un repas aussi. Et même s’il était végétarien, nous trouvions généralement un restaurant qui convenait à l’un comme à l’autre. En près de 20 ans, je n’ai jamais vu Rob en colère, ni même s’emporter. Il n’avait jamais ni critique ni mauvais mot à l’égard des gens, même ceux qui l’importunaient ou l’indisposaient. Intelligent, vif, brillant et souvent irrévérencieux, il avait un humour très britannique et un regard décalé sur la vie et les événements.

Sa mort me laisse orphelin, une fois de plus. Et m’amène à me questionner. Nous sommes tous égaux devant la mort — nous  sommes seulement de passage sur Terre —, mais pas devant la façon de vivre notre vie ni notre mort. La route que nous prenons varie d’un individu à l’autre. Pour certains, elle se déroule comme un long fleuve tranquille tandis que pour d’autres, il s’agit d’un chemin tortueux et cahoteux, parsemé d’embûches.

Personnellement, je n’ai pas peur de la mort et je préférerais partir comme Rob, en faisant ce que j’aime, plutôt que d’agoniser des suites d’une longue maladie. Souvent, quand je me balade et que les conditions sont idylliques, je me dis : « Aujourd’hui est une belle journée pour mourir ! », car je pense que revivre de tels moments sera difficile. Mais une autre balade, un autre voyage me font réaliser qu’il n’y a pas de presse à partir. Que je peux attendre un peu plus longtemps. La vie est un voyage à faire en prenant son temps. L’important n’est pas d’arriver — c’est une fin de soi —, mais de faire la route sans hâte ni regrets. Voyager pour vivre, pour ne pas mourir, même si, ce faisant, je me rapproche inexorablement de la fin.

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Course de scooters (notre passion commune) avec Rob (couché sur le Ruckus), au circuit de Homestead, en Floride.

Malheureusement, l’avenir c’est mourir, c’est pour cela que l’homme se complaît dans la nostalgie, particulièrement en vieillissant, parce qu’il réalise qu’il a déjà parcouru une bonne partie du chemin et que celle qu’il reste à faire risque d’être difficile et cahoteuse. Courte aussi. C’est une façon d’exorciser le destin. Voyager c’est parcourir prospectivement le chemin qu’on a déjà fait, c’est découvrir un sentier routinier, c’est mettre un nouveau nom sur un visage connu, c’est goûter des saveurs familières et s’en émerveiller. On fait toujours le même voyage, celui qui mène à soi, même si on change chaque fois de destination, même si on fait mille détours pour revenir au point de départ. Chaque voyage est une répétition du dernier. « Toute la vie n’est qu’un voyage vers la mort, » disait Sénèque. À nous de nous arranger pour que celui-ci soit le plus long possible. Et le plus agréable aussi.

Je suis convaincu que le vrai domicile de l’homme n’est pas sa maison, mais la route. Malheureusement, celle-ci comporte des dangers. Particulièrement quand elle est le cadre de notre métier. Depuis mes débuts, en 1983, une dizaine de collègues, au Canada, mais aussi en Europe ou aux États-Unis, ont trouvé la mort dans l’exercice de leurs fonctions. Je ne dis pas que nous exerçons un métier dangereux — ça serait faire insulte à tous ceux qui risquent leur vie tous les jours, souvent pour protéger la nôtre —, mais nous sommes confrontés au risque quotidiennement. Il faut en être conscient et l’accepter. Et tout faire pour minimiser ces aléas. Pour nous, mais surtout pour nos proches, nos amis, notre famille. Ce qui m’amène à souhaiter courage à Courtney Hay, la femme de Rob, et à ses deux magnifiques petites filles Cate et Cloe.

Merci Rob d’avoir traversé ma vie, même brièvement. Tu resteras toujours à mes côtés.

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Afrique du Sud, 2007
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Rob (casque Arai) et moi en action. Lancement Honda au Las Vegas Motor Speedway en 2004.

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7 résponses à “Adieu Rob !”

  1. pierre danis

    Bonjour, mes sympathies, soit attentif je suis certain que Rob va te faire un signe et peut être plusieurs , je te dis ça en connaissance de cause , sa coute rien d’être attentif, tu as un ange de plus qui veille sur toi , bonne balade en moto , Pierre Danis

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  2. Elaine Adam

    Premièrement je tiens a te dire mes plus sincères condoléances ,je ne connaisait pas Rob mais pour moi ca me rapelle la mort de Yves martin mon meilleur ami du primaire mais je crois que tout les trois ont vecut leurs passion au maximum et ils étaient heureux ,une manière pour moi de rendre leurs morts plus acceptables .encore une fois mes condoléances a la famille et aux amis de Rob ! Bonne Route !

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  3. André Mailhot

    Merci Didier de partagé. C’est des moments difficiles, tu semble avoir une tel facilité, il me semble, dans tes propos, de dire les choses de la vie, comme, probablement nous voudrions l’écrire, le dire. Ton écrit éveille tellement de souvenirs. Que de discutions nous pourrions avoir avec la  »vie » si elle se présentaient à nous un bon matin. Bonne route Didier.

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  4. Martin Roy

    Chaque départ d’un motocycliste me touche personnellement, même sans le connaître. Ça me rappelle le danger qu’on côtoie quand notre passion se passe sur deux roues. Quoique ça peut arriver dans toutes sortes de circonstances, à tout moment…

    Ton texte est magnifique sur cette tragédie.

    J’offre mes sincères condoléances à toi Didier, ainsi qu’aux proches de Rob. Qu’il repose en paix et veille sur toi, eux, nous.

    Martin

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  5. Jennifer Ross

    Je suis tellement triste de cette nouvelle horrible. Rob était un personnage plus grand que nature, drôle, toujours souriant. C’est une grande perte pour sa famille, ses amis et le motocyclisme. Merci de tes mots, ces sentiments que nous vivons tous lorsqu’on perd un membre de la grande famille si bien exprimés. Je me console en me disant qu’au moins, il est partie faisant sa passion! Amitiés à toi.

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  6. Patrick Laurin

    Sympathie Didier,

    J’ai eu l’occasion de le côtoyer lors de l’édition 2011 du Mad Bastard Scooter Rally en Ontario. Je me souviens d’un homme souriant et très sympathique avec un grain de folie.

    RIP

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  7. Pierre G

    À te lire, on comprend qu’il était un de ceux qui rendent notre planète plus belle.
    Une pensée à ses proches dans la peine.

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